L’apprentissage dure trois ans. Pendant ce temps, il ne doit pas mentir, pas voler, pas fréquenter les femmes, pas se promener avec les camarades de même âge, ni raconter ce qu’il a vu. Le maître observe encore s’il n’insulte pas les vieux et leur donne des noix de kola. Ainsi chacun va lui donner quelques secrets qu’il détient et l’apprenti va approfondir lentement ses connaissances. Pendant ce temps, l’apprenti ne tue que les petits animaux. Trois ans écoulés, si le maître juge que l’apprenti a tout compris, il le laisse partir tout seul en brousse. (« La formation du chasseur »)
Cette nuit de la veillée
kédjeme, avant le départ pour la chasse collective, la femme sorko, elle aussi, fait quelque chose pour son mari, sans qu’il le sache. Si la chasse a été fixée pour le jeudi prochain, le samedi précédent, la femme va en brousse pour enlever l’écorce de caïlcédrat du côté de l’arbre qui est tourné vers l’endroit où se trouve l’emplacement boisé où aura lieu la première battue. La femme s’accroupit auprès de l’arbre et elle découpe au couteau un petit morceau d’écorce à cette hauteur. Retournée à la maison, elle sèche l’écorce au soleil, laissant le couteau à côté de l’écorce dans le mortier. Puis elle enlève ce qui est déjà réduit en poudre, et les gros morceaux restés entiers, elle les expose encore au soleil pour les sécher à nouveau. Puis elle les repile encore une fois. Après, elle prend un peu de la terre sur laquelle a marché le pied de son mari et l’ajoute à la poudre pilée. La nuit de la veillée précédant la chasse, la femme prend, avec sa main droite, quatre pincées de cette poudre mélangée avec la terre sur laquelle avait marché son mari, et la porte sous ses vêtements pour que les gens ne la voient pas. Elle passe par l’endroit où tous sont réunis autour du chanteur
kédjemeja et elle jette cette poudre vers tous les gens qui se sont rassemblés. Puis elle retourne chez elle. Elle prend une petite calebasse avec de l’eau, retourne dans la réunion de chasse et s’assoit par terre. Quand, parmi les gens de l’assistance, quelqu’un a soif et demande de l’eau à boire – si on lui a apporté et qu’il a bu –, la femme lui dit : « S’il te reste un peu d’eau, donne-la moi, je veux boire aussi », puis elle présente sa petite calebasse qu’elle a apportée avec elle. Après ceci, la femme part à la maison avec le reste de cette eau. Chez elle, elle met le restant de la poudre dans cette eau et la garde à côté. Puis elle se couche et ne sort plus. Quand son mari est revenu de la veillée
kédjeme, il ne couche pas sur la natte, mais devant le lit, par terre. Au chant du coq, la femme se lève doucement. Elle prend, avec la main droite, l’eau préparée la nuit avec la poudre et asperge avec elle trois fois son mari, sans qu’il le sache. Après, elle le réveille en disant :
Hei, kîda (lève-toi). Puis elle donne cette calebasse avec l’eau à son mari, en lui disant d’arroser avec elle ses harpons de chasse. Quand le mari l’a fait, la femme est sûre qu’il ne sera pas blessé ni par les hommes, ni par les animaux sauvages. « Même si son mari ne gagnera pas la chose (le gibier), la chose ne gagnera pas son mari non plus. » (« La veillée
kédjeme précédant la grande chasse »)
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Dans la région de Mopti, on prépare ce poison pour le harpon
soni (…) avec les ingrédients suivants : on sèche au soleil l’écorce de l’arbre
kén’e, on cherche une grenouille et on la fend en deux comme un poisson sec, par le ventre ; on coupe des têtes du serpent noir et du python, des scorpions tout entiers, des arêtes dorsales du poisson Eutropius niloticus, les mêmes arêtes de Synodontis, de Chrysichthys, « le mauvais os » de Gymnarchus niloticus, et on mélange le tout dans l’eau, dans un canari posé sur le feu. On met dedans les harpons
soni (…). L’eau doit bouillir douze fois, en débordant douze fois le canari, puis on le descend. Aucune femme ne doit voir la cuisson. C’est pourquoi ceci se passe en brousse. Le chasseur, en préparant ce poison, est nu ; il enlève même son pantalon. Il n’y a personne à côté de lui, même pas son fils. Là où il va préparer le poison, les autres gens ne vont jamais. Il faut être chasseur pour aller à cet endroit. D’autres même, en préparant ce poison, attachent la bouche de la brousse (
fuôno lâ hari). S’il y a un oiseau qui vole au-dessus du canari, il tombe mort par terre. Pour essayer l’efficacité du poison, le chasseur a amené un coq avec lui. Il lui enlève une seule plume, à n’importe quel endroit, et fait là une touche avec son harpon empoisonné : si le coq fait trois pas, son poison n’est pas au point. Si la cuisson est bonne, le coq fait un pas et tombe mort sur le second pas. (« La chasse à l’hippopotame »)
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Le port d’un bonnet de chasse rend le chasseur invisible invisible pour l’hippopotame ; il peut marcher droit sur l’animal sans que celui-ci ne s’aperçoive de sa présence. Il peut même aller jusqu’à le toucher de la main. Au fur et à mesure de l’approche du chasseur, l’hippopotame devient « flasque » et commence à chanceler comme s’il perdait l’équilibre, « tant il est troublé par le danger présent, qui pourtant lui reste invisible ». (
« La chasse à l’hippopotame »)
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L’huile provenant des oreilles du lamantin est extraite à part et mise dans une petite gourde. Chaque fois que quelqu’un a mal aux oreilles, on lui fait couler une à trois gouttes dans le conduit auditif. L’oreille sera alors guérie très vite et la personne entendra de loin (par exemple, à Baïkâlâ, elle entendra ce que l’on dit à Sâre-Sêni, sur l’autre berge du Niger). Car le lamantin possède une ouïe très fine et tout le monde n’arrive même pas à repérer le conduit auditif du lamantin, tellement il est petit, et l’oreille elle-même est très fine. Même sans avoir mal à l’oreille, on fait couler l’huile de lamantin dans l’oreille pour entendre mieux. Alors, si quelqu’un parle mal de cette personne, même de très loin, elle l’entendra, ainsi que le lamantin peut entendre la pirogue sur une distance de cinq kilomètres. De même, si la personne se trouve dans une réunion et si deux ou trois autres personnes essayent de parler mal d’elle, tout en murmurant, l’application de l’huile de lamantin permet de saisir tout ce qu’elles disent. On administre cette huile même dans les oreilles de tout petits enfants qui ne savent pas parler, car elle permet à l’enfant de comprendre tout ce qu’on lui dit. (« La chasse au lamantin »)
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Chaque soir et chaque nuit, il y a des réjouissances avec des danses et tout le monde passe le temps ensemble, parce qu’à cause de trop nombreux moustiques dans cette région, les gens ne peuvent pas dormir en paix, car en dansant, on ne sent pas les moustiques. Même les filles qui ne connaissent pas de danses, si elles sont allées deux fois dans la cueillette solennelle à Dénilâ, elles les ont apprises, car les moustiques ne les laissent pas tranquilles. (« Le ramassage de graines de bourgou »)