Tu veux savoir comment j'organise ma journée, l'été, dans ma villa de Toscane. Je me réveille quand il me plaît, d'ordinaire au lever du soleil, souvent plus tôt, rarement plus tard. Mes fenêtres restent fermées car, dans le silence et l'obscurité, je me sens admirablement détaché de toute distraction, libre et laissé à moi-même ; ce ne sont pas mes yeux qui guident ma réflexion, c'est ma réflexion qui guide mes yeux : quand ils ne peuvent rien percevoir d'autre, ils ne voient que ce que voit mon esprit. Si j'ai quelque ouvrage en cours, j'y travaille par la pensée, j'écris ou je corrige de tête, tantôt plus, tantôt moins, selon que le texte a été plus ou moins facile à composer et à retenir. Puis j'appelle mon secrétaire et, après avoir fait entrer le jour, je lui dicte ce que j'ai mis en forme. Il s'en va, je le rappelle, puis je le renvoie encore. Trois ou quatre heures après (car je ne mesure pas avec précision les instants qui passent), selon le temps qu'il fait, je me rends sur la terrasse ou sous la galerie voûtée et je continue à réfléchir et à dicter. Je pars en voiture. Même activité à la promenade ou sur mon lit : mon attention ne se relâche pas, à nouveau stimulée par le changement. Je fais un somme, puis je me promène ; je lis ensuite un discours grec ou latin, haut et fort, non pas tant pour ma voix que pour mon bien-être, encore que l'un et l'autre y trouvent leur compte. Je me promène encore, je me fais masser, j'exerce mon corps, je prends un bain. Pendant que je mange, seul avec ma femme ou en compagnie restreinte, on me lit un livre ; après le dîner, nous écoutons un acteur ou un joueur de lyre, puis je me promène avec mes serviteurs qui, pour certains sont des gens cultivés. Ainsi la soirée se prolonge en discussions variées et les jours les plus longs passent vite.
Pline le Jeune, « Lettre à Fuscus », Le temps à soi (tr. Daniel Stissi)