Il y a quelques jours, Dieu – ou ce qu'on appelle, avec tant d'insouciance, Dieu – m'a envoyé un cadeau ambigu : une possibilité d'amour. Ou de ce qu'on appelle, avec la même insouciance et quelque hâte, l'amour. Vous savez de quoi je parle.Avant que j'aie pu m'étonner et que, m'étant étonné, j'aie pu hésiter entre y aller ou pas, vouloir ou pas – j'y étais déjà. Et c'était bon d'y être. Comprenez-moi bien – il n'y a pas eu la moindre intimité du genre que certainement vous imaginez. En vérité, il ne s'est presque rien passé. Deux ou trois déjeuners, quelques silences. Fragments de ce qu'on appelle, avec la même insouciance, « ma vie ». Qui sont aussi des fragments de « sa vie ». Se croisant soudain, par pur mystère, sur les nappes blanches parmi les verres de vin ou d'eau, au milieu des miettes et des cendriers pleins que les garçons vidaient rapidement pour qu'on se sente propres. Et c'est ainsi qu'on se sentait.Derrière ce qui advenait, sans crainte aucune je redécouvrais des magies. Et soudain je me sentais protégé, vous savez comment : ma vie entière – ces petits bouts désarticulés – s'organisait d'une autre manière, prenait du sens. Rien de mal ne m'arriverait, j'en étais sûr, tant que je serais dans le champ magnétique de cette autre personne. Les yeux de l'autre personne me regardaient, me reconnaissaient comme une autre personne, et doucement me posaient des questions, tâtaient des terrains : ah vous ne prenez pas de sucre, ah vous buvez du whisky, ah vous êtes Balance. Dessinant des esquisses, tous les deux. Palpant des signes diffus, de vagues promesses.
Caio Fernando Abreu, Petites épiphanies (tr. Claire Cayron)