Quand le métro arrive au terminus, je ne bouge pas de ma place et j’attends qu’il reparte en sens inverse. Si on m’oblige à quitter la rame, j’arpente les quais et je pousse du doigt la petite trappe en métal en bas des distributeurs pour récupérer les pièces oubliées. Je mange ce que je trouve dans les poubelles réparties sur les quais, des bouts de sandwichs, des trognons de pomme, des miettes de chips dans des paquets froissés. Je mâche des peaux de bananes noircies, fibreuses, qui laissent un goût âcre sur ma langue. Je bois du Coca-Cola tiède, sans gaz, et du restant de café. Je lèche le sucre aggloméré au fond des gobelets.
Dans les rames du métro, il ne fait ni froid ni chaud, et l’air n’est ni sec ni humide. Le temps s’écoule de manière artificielle et les lumières omniprésentes me font oublier le monde extérieur. J’apprécie que le wagon me secoue et m’emporte sans que j’aie à fournir le moindre effort. Quand la fatigue me prend, je n’ai aucun mal à m’endormir. Assoupi sur le siège qui tremble et vacille, je m’imagine que je suis un marin solitaire en pleine mer, au sommeil fragmenté, que la houle menace et berce tout à la fois.
Guka Han, « Pyromane », Le jour où le désert est entré dans la ville