Il est des peuples où (…) en mangeant on s'essuye les doigts aux cuisses et à la bourse des genitoires et à la plante des pieds. (…) Où ils couchent en des licts dix ou douze ensemble avec leurs femmes. (…) Où ils font cuire le corps du trespassé, et puis piler, jusques à ce qu'il se forme comme en bouillie laquelle ils meslent à leur vin, et la boivent. Où la plus désirable sépulture est d'estre mangé des chiens, ailleurs des oiseaux. (…) Où chacun faict un Dieu de ce qui luy plaist, le chasseur d'un lyon ou d'un renard, le pescheur de certain poisson, et des Idoles de chaque action ou passion humaine (…) ; la forme de jurer c'est loucher la terre, regardant le soleil (…). Où l'on saluë mettant le doigt à terre, et puis le haussant vers le ciel. Où les hommes portent les charges sur la teste, les femmes sur les espaules : elles pissent debout, les hommes accroupis. (…) Où tout est ouvert, et les maisons pour belles et riches qu'elles soyent, sans porte, sans fenestre, sans coffre qui ferme (…). Où l’on ne couppe en toute la vie ny poil ni ongle (…).
*
Il y a des contrées où les hommes naissent sans teste, portant les yeux et la bouche en la poitrine ; où ils sont tous androgynes ; où ils marchent de quattre pates ; où ils n'ont qu'un oeil au front, et la teste plus semblable à celle d'un chien qu'à la nostre ; où ils sont moitié poissons par embas et vivent en l'eau ; où les femmes s'accouchent à cinq ans et n'en vivent que huict ; où ils ont la teste si dure et la peau du front, que le fer n'y peut mordre et rebouche contre ; où les hommes sont sans barbe ; des nations sans usage et connoissance de feu ; d'autres qui rendent le sperme de couleur noire.
Michel de Montaigne, Essais (I, 23 + II, 12)

Chez Herodote, il y a des nations ausquelles les hommes dorment et veillent par demy années. Et ceux qui escrivent la vie du sage Epimenides, disent qu'il dormit cinquante sept ans de suite.
Michel de Montaigne, Essais (I, 44)