Après sa mort, Tamao avait continué d'être présent dans l'appartement de Yuna, qui percevait souvent son regard posé sur ses joues, sentait de loin ses excréments et entendait sa respiration. La mort telle qu'elle se l'était représentée n'atteignit jamais sa conscience. En revanche, de plus en plus souvent lui parvenait la nouvelle que quelqu'un avait perdu la vie. La mort d'un corps semble ne pas être un événement singulier. Elle signifie bien plutôt pour les vivants le commencement d'une sensibilité accrue. Elle oblige à discerner en maintes expressions du visage, anecdotes anodines, et jusque dans les mots qu'emploie une personne, une chaîne de la mort.
Yoko Tawada, Le voyage à Bordeaux (trad. Bernard Banoun)