Il est 5 heures du matin et ta pensée m’a sortie de mon lit, elle a posé une couverture sur mes épaules et elle m’a assise sur une chaise où je peux ressentir le plaisir de la passion juste en restant assise. Je me suis dit à moi-même : « Il pense encore à moi, c’est pour ça que je me suis levée, j’ai une couverture posée sur mes épaules et je suis assise sur une chaise, c’est ce qui arrive à chaque fois qu’il pense à moi. »*Au fur et à mesure que les visions fleurissent, le corps s’étiole. Je me sens aussi faible qu’une membrane sur le point de se déchirer. Au réveil, mes muscles me font mal, comme si pendant la nuit je les avais soumis à un effort extrême dont je ne peux pas me souvenir. J’ai l’impression de respirer à travers un trou énorme dans ma poitrine. Hier soir, la fatigue était telle que je me suis couchée en pleurant sans savoir pourquoi. En plus, un mystère noir est sorti de ma bouche.*Hier, tu n'as pas pensé une seule seconde à moi. C'est comme si le diable avait emporté ma tête et ne me l'avait jamais rendue. À présent, une part de moi est dans le lit et une autre part est dans le coffre d'une voiture. Voilà comment je sais que tu ne m'as pas accordé une seule pensée. Quand tu repenseras à moi, je le saurai, je le saurai.*J’éprouve une sensation étrange. C’est comme si je ne respirais pas par mes propres organes.
Angélica Liddell, « Tandy » + « La Fiancée du fossoyeur » (tr. Christilla Vasserot)