Quelle maison brûle ? Le pays où tu vis ou l’Europe ou le monde entier ? Peut-être les maisons, les villes sont déjà brûlées, nous ne savons pas depuis combien de temps, consumées dans un unique immense bûcher, que nous avons feint de ne pas voir. De certaines il ne reste que des bouts de mur, une paroi décorée d’une fresque, un lambeau du toit, des noms, de très nombreux noms, déjà mordus par le feu. Et, toutefois, nous les recouvrons si soigneusement d’enduits blancs et de mots mensongers qu’ils semblent intacts. Nous vivons dans des maisons, des villes consumées de fond en comble comme si elles étaient encore debout, les gens font semblant d’y habiter et sortent dans la rue masqués entre les ruines comme s’il y avait encore les quartiers familiers d’autrefois.
Giorgio Agamben, « Quand la maison brûle » (tr. Florence Balique)