Ils arrachaient sans vergogne, sous mes yeux, des piments aux plants grimpants et les attaquaient, avant qu'ils ne soient mûrs, à grands coups de dents rouges et croquants. Ou ils les piétinaient sans plus. Ils riaient. Que Perham me crache des graines au visage les mettait en joie.
Le soir, des sifflements compliqués les rassemblaient autour de la fontaine. Perham m'amena et me présenta comme son ami. Là, ils comptaient leurs pièces par terre. Perham les répartissaient en les poussant de son double doigt. Au gré de son humeur, parfois, j'avais droit à une.
Ils rentraient dans la fontaine pour y patauger, sans même ôter les godillots d'adulte qu'ils portaient, sans se soucier le moins du monde de mouiller leurs vêtements. J'appris vite à attraper les insectes aquatiques : des sortes de gros cafards gauches et presque plats qui se propulsaient sous l'eau à l'aide de deux pattes pointues, d'autres avaient une forme allongée, avec de longues pattes pareilles à celles des moustiques, et ils se propulsaient en spasmes rasants, fendant l'eau de la surface en laissant derrière eux une très fine ride en forme de V. On arriva à en rassembler jusqu'à sept différents et à leur donner des noms ridicules. Ils nous faisaient mourir de rire. Le gros cafard plat, Perham l'avait appelé Matthias.
Après, on le écrabouillait à la file contre la corniche en pierre. Une pâte blanche ou verdâtre en giclait, avec un craquement, de leur abdomen. Plus loin ça giclait, mieux c'était. (Ils attrapaient aussi, dans un flacon, des lucioles – des mouches de feu, ils disaient – et Perham les écrasait dans un mouchoir crasseux qui gardait des heures durant, avec le peu de jus que lâchaient les bestioles, des taches d'une phosphoréscence ténue.)
Alain-Paul Mallard, Évocation de Matthias Stimmberg (tr. Florence Olivier)