Rien ne nous entre dans l'esprit par dehors, et c'est une mauvaise habitude que nous avons de penser comme si nostre ame recevoit quelques especes messageres et comme si elle avoit des portes et des fenestres. Et rien ne nous sçauroit estre appris, dont nous n'ayons déjà dans l'esprit l'idée qui est comme la matière dont cette pensée se forme.
*Comme tous les corps de l'univers sympathisent, le nostre reçoit l'impression de tous les autres, et quoyque nos sens se rapportent à tout, il n'est pas possible que nostre ame puisse attendre à tout en particulier ; c'est pourquoy nos sentimens confus sont le resultat d'une varieté de perceptions, qui est tout à fait infinie. Et c'est à peu près comme le murmure confus, qu'entendent ceux qui approche du rivage de la mer, vient de l'assemblage des repercussions des vagues innumerables. Or si de plusieurs perceptions (qui ne s'accordent point à en faire une) il n'y a aucune qui excelle par dessus les autres, et si elles font à peu près des impressions egalement fortes ou egalement capable de determiner l'attention de l'ame, elle ne s'en peut appercevoir que confusement.
Gottfried Wilhelm Leibniz, Discours de métaphysique (XXVI ; XXXIII)