Rien ne nous entre dans l'esprit par dehors, et c'est une mauvaise habitude que nous avons de penser comme si nostre ame recevoit quelques especes messageres et comme si elle avoit des portes et des fenestres. Et rien ne nous sçauroit estre appris, dont nous n'ayons déjà dans l'esprit l'idée qui est comme la matière dont cette pensée se forme.
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Comme tous les corps de l'univers sympathisent, le nostre reçoit l'impression de tous les autres, et quoyque nos sens se rapportent à tout, il n'est pas possible que nostre ame puisse attendre à tout en particulier ; c'est pourquoy nos sentimens confus sont le resultat d'une varieté de perceptions, qui est tout à fait infinie. Et c'est à peu près comme le murmure confus, qu'entendent ceux qui approche du rivage de la mer, vient de l'assemblage des repercussions des vagues innumerables. Or si de plusieurs perceptions (qui ne s'accordent point à en faire une) il n'y a aucune qui excelle par dessus les autres, et si elles font à peu près des impressions egalement fortes ou egalement capable de determiner l'attention de l'ame, elle ne s'en peut appercevoir que confusement.
Gottfried Wilhelm Leibniz, Discours de métaphysique (XXVI ; XXXIII)

Les Monades n'ayant point de parties ne sauroient être formées, ni défaites ; elles ne peuvent commencer ni finir naturellement et durent par consequent autant que l'univers, qui sera changé, mais qui ne sera point détruit.
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Et comme à cause de la plenitude du Monde tout est lié et que chaque corps agit sur chaque autre corps, plus ou moins, selon la distance, et en est affecté par reaction ; il s'ensuit que chaque Monade est un Miroir représentatif de l'univers, suivant son point de veuë et aussi réglé que l'univers lui-même.
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Il y a des petits Animaux dans les semences des grands qui par le moyen de la conception prennent un revestement nouveau, qu'ils s'approprient, qui leur donne moyen de se nourrir, et de s'aggrandir pour passer sur un plus grand Theatre et faire la propagation du grand Animal. Il est vrai que les Ames des Animaux Spermatiques humains ne sont point raisonnables et ne le deviennent que lorsque la conception determine ces Animaux à la nature humaine.
Et comme les Animaux generalement ne naissent point entierement dans la conception ils ne périssent pas non plus entièrement dans ce que nous appelons Mort. Car il est raisonnable que ce qui ne commence pas naturellement ne finisse pas naturellement non plus dans l'ordre de la nature. Ainsi quittant leur masque ou leur guenille, ils retournent seulement à un Theatre plus subtil, où ils peuvent pourtant être aussi sensibles et bien reglés que dans le plus grand.
Gottfried Wilhelm Leibniz, Monadologie