Das Hören und Sehen vergeht einem, wenn man das Gefühl von sich selbst verloren hat. Und das hast du doch schon lange verloren. Und deshalb brauchst du immer wieder Beweise; Beweise dafür, dass es dich wirklich noch gibt. Deine Geschichten und deine Erlebnisse, mit denen gehst du um, als ob sie rohe Eier wären. Als ob du der einzige wärst, der etwas erlebt, und deshalb machst du auch dauernd diese Fotos. Da hast du dann, was in der Hand. Wieder ein Beweis dafür, dass du es warst, der was gesehen hat…
Wim Wenders, Alice in den Städten

Einmal
habe ich in New York
meinen Freund Peter Handke besucht.
Er war gerade dabei,
seinen Roman »Langsame Heimkehr« zu schreiben.
Er lebte während dieser Zeit
in einem Hotel auf der Ostseite des Central Park,
zurückgezogen wie ein Mönch.
Auch meine kurze Anwesenheit
hat ihn, glaube ich, eher irritiert.
Ich habe ein Photo von seinem Schreibtisch gemacht,
einen »Hüftschuß« von unserem Spaziergang
und ein Photo seiner davonwandernden Gestalt,
nachdem wir uns getrennt hatten.
Erst später, als ich »Langsame Heimkehr« las,
habe ich die Last verstanden,
die ich in diesem Hinterherschauen
auf seinen Schultern gesehen habe.
Wim Wenders, Einmal

Lorsque l'enfant était enfant,
il marchait les bras ballants,
il voulait que le ruisseau soit une rivière,
que la rivière soit un fleuve,
et que cette flaque d'eau soit la mer.

Lorsque l'enfant était enfant,
il ne savait pas qu'il était enfant,
pour lui tout avait une âme,
et toutes les âmes n'en faisaient qu'une.

Lorsque l'enfant était enfant,
il n'avait d'opinion sur rien,
il n'avait pas d'habitude,
souvent il s'asseyait en tailleur,
et partait en courant sans raison ;
il avait une mèche rebelle,
et ne grimaçait pas quand on le photographiait.

Lorsque l'enfant était enfant,
vint le temps des questions comme celles-ci :
Pourquoi est-ce que je suis moi et pas toi ?
Pourquoi est-ce que je suis ici et pas ailleurs ?
Quand est-ce que le temps a commencé et où finit l'espace ?
La vie sous le soleil n'est-elle rien d'autre qu'un rêve ?
Ce que je vois et entends et sens,
n'est-ce pas seulement l'apparence d'un monde devant le monde ?
Est-ce que le mal existe vraiment,
et y a-t-il des gens qui sont vraiment mauvais ?
Comment se fait-il que moi qui suis moi,
avant que je devienne, je n'étais pas,
et qu'un jour, moi qui suis moi,
je ne serai plus ce moi que je suis ?

Lorsque l'enfant était enfant,
il détestait les épinards, les petits pois, le riz au lait,
et le chou-fleur bouilli,
et maintenant il mange de toutes ces choses, et pas seulement
par nécessité.

Lorsque l'enfant était enfant,
il se réveilla un jour dans un lit qui n'était pas le sien
et maintenant cela lui arrive souvent,
beaucoup de gens lui semblaient beaux
et maintenant seuls quelques-uns, et avec de la chance,
il se faisait une image précise du paradis
et maintenant, c'est tout juste s'il l'entrevoit,
il ne pouvait imaginer le néant
et maintenant il tremble de peur quand il y pense.

Lorsque l'enfant était enfant,
il jouait avec enthousiasme
et maintenant, il ne s'empresse comme autrefois
que lorsque qu'il s'agit de son travail.

Lorsque l'enfant était enfant,
des pommes, du pain lui suffisaient comme nourriture,
et c'est toujours ainsi.

Lorsque l'enfant était enfant,
les baies tombaient dans sa main comme seules tombent les baies
et c'est toujours ainsi,
les noix fraîches lui irritaient la langue
et c'est toujours ainsi,
au sommet de chaque montagne
il avait le désir d'une montagne encore plus haute,
et dans chaque ville
le désir d'une ville encore plus grande,
et c'est toujours ainsi,
tout en haut de l'arbre il tendait les mains vers les cerises
avec la même exaltation qu'aujourd'hui,
un inconnu l'intimidait
et c'est toujours ainsi,
il attendait la première neige,
et toujours il l'attendra.

Lorsque l'enfant était enfant,
il lança un bâton contre un arbre comme un javelot,
et ce bâton vibre encore aujourd'hui.

Peter Handke, « Lied vom Kindsein » (dans Les ailes du désir de Wim Wenders, traducteur inconnu)