On raconte que tous les hommes qui peuplèrent la terre au début furent créés partout en même temps, et tous enfants, et qu’ils furent nourris par les abeilles, par les chèvres et par les colombes de la façon dont, disent les poètes dans leurs fables, fut élevé Jupiter ; que la terre était bien plus petite qu’elle ne l’est à présent, presque tous les pays plats, et le ciel sans étoiles ; que la mer n’était pas créée, et que le monde offrait aux yeux une variété et une magnificence infiniment moindres qu’aujourd’hui ; que néanmoins les hommes, jamais rassasiés de regarder et d’examiner le ciel et la terre avec émerveillement, réputant aussi bien l’un que l’autre admirables, et non seulement vastes, mais infinis tant en grandeur qu’en charme et en majesté, nourrissant, outre cela, les plus joyeux espoirs et tirant de toutes les impressions de leur vie d’incroyables plaisirs, grandissaient dans une entière satisfaction et presque convaincus qu’ils étaient heureux.
Giacomo Leopardi, « Histoire du Genre humain » (tr. Philippe Jaccottet)