Au vu d'une sensible amélioration de son état après quelques jours d'hospitalisation, Robert a été ramené à l'hospice où il n'a pas tardé à reprendre ses activités. Le matin, il prête main-forte aux aides-soignantes chargées des travaux de nettoyage ; l'après-midi, durant les heures de travail réglementaires, il trie lentilles, haricots et châtaignes ou colle des sacs de papier. Il s'efforce, dès l'instant où il s'agit de travailler, d'en faire le plus possible et rouspète si on le dérange. Durant les heures de loisir, il se plonge de préférence dans la lecture de magazines jaunis ou de vieux livres. Jamais, déclare le Dr. Pfister, il n'a montré la moindre velléité de s'adonner à quelque activité artistique. Envers les médecins, le personnel soignant et les pensionnaires en général, il nourrit une profonde méfiance qu'il dissimule adroitement derrière une politesse cérémonieuse. Quiconque n'observe pas envers lui la distance requise doit s'attendre à se faire rabrouer.
Carl Seelig, Promenades avec Robert Walser (tr. Bernard Kreiss)