Elle se lève à 7 heures et allume la radio. Après s'être habillée, elle lève les enfants et prépare le petit déjeuner. À 8 heures, il lui faut conduire notre fils à l'arrêt du bus scolaire. À son retour, elle doit tresser les cheveux de Carol. Je quitte la maison à 8 heures et demi, mais je sais que chacun des gestes d'Ethel, durant le reste de la journée, sera déterminée par le ménage, la cuisine, les commissions et les besoins des enfants. Je sais que, le mardi et le jeudi, elle se trouve au A & P entre 11 heures et midi, que, chaque après-midi de beau temps, elle est assise sur un certain banc dans un square; qu'elle fait le ménage le lundi, le mercredi et le vendredi, et qu'elle polit l'argenterie lorsqu'il pleut. Quand je rentre, à 6 heures, elle est généralement occupée à éplucher les légumes ou à préparer à dîner. Puis, une fois que les enfants ont mangé et pris leur bain, lorsque le dîner est prêt, que les plats et les assiettes sont disposés sur la table du salon, elle demeure immobile au milieu de la pièce comme si elle avait oublié quelque chose, et ce moment de réflexion est si profond qu'elle n'entend pas si je lui parle, ou si les enfants l'appellent. Puis c'est fini. Elle allume les quatre bougies blanches dans leurs chandeliers argentés, et nous nous asseyons devant un souper de hachis de corned-beef, ou quelque autre plat modeste.
John Cheever, « La saison des divorces » (tr. Dominique Mainard)

Gertrude était une vagabonde. (...) Volubile, maigrichonne et crasseuse, elle errait d'une maison à l'autre dans le quartier de Blenhollow, nouant et dénouant des alliances fondées sur son attachement à des bébés, des animaux, des enfants de son âge, des adolescents et parfois des adultes. En ouvrant votre porte le matin, vous trouviez Gertrude assise sur les marches du perron. En entrant dans la salle de bain pour vous raser, vous trouviez Gertrude assise sur le siège des toilettes. En regardant dans le berceau de votre fils, vous le trouviez vide et, après une enquête approfondie, vous découvriez que Gertrude l'avait emmené en promenade dans sa poussette jusqu'à la petite ville voisine. La fillette était serviable, envahissante, honnête, affamée et loyale. Elle ne rentrait jamais chez elle de son propre chef. Quand l'heure était venue de s'en aller, elle ignorait tous les signaux qui le lui indiquaient. « Rentre chez toi, Gertrude. », entendait-on les gens lui répéter dans une maison ou une autre, jour après jour. « Rentre chez toi, Gertrude. C'est l'heure de rentrer chez toi, Gertrude. » « Tu ferais mieux de rentrer chez toi pour dîner, Gertrude. » « Je t'ai déjà dit de rentrer chez toi il y a vingt minutes, Gertrude. » « Ta mère doit être en train de s'inquiéter, Gertrude. » « Rentre chez toi, Gertrude, rentre chez toi. »
John Cheever, « Le démon de midi » (tr. Dominique Mainard)