Je suis une chose simple, indivise et exempte de toute partie. Car je ne suis conscient d’aucune partie en moi ; bien plus, je suis très clairement conscient qu’il n’y a en moi aucune partie. J’ai éventuellement un corps (il faudra en discuter plus tard), et celui-ci a des parties ; moi, aucune. Moi, je pense, et je pense selon des modes extrêmement divers ; mais ce qui en moi pense selon tous ces modes extrêmement divers est un et identique, et par conséquent est simple. En effet, je suis très clairement conscient qu’il n’y a pas de différence entre d’une part ce qui en moi voit (d’après mon jugement, ce sont mes yeux), souffre (d’après mon jugement, ce sont mes pieds), entend (d’après mon jugement, ce sont mes oreilles), et en ce moment philosophe, et d’autre part ce qui dans telle ou telle autre occasion voyait, entendait, philosophait etc. ; mais que c’est moi, absolument un et identique qui vois, entends, souffre et philosophe, en ce moment et à d’autres moments. Et dans ce sens il m’est impossible de découvrir en moi, en tant que je pense, aucune partie.
Arnold Geulincx, Métaphysique (tr. Hélène Bah-Ostrowiecki)



