J’achète une salade et des pommes de terre.Arrivée à la maison, je fais un peu de feu pour préparer mon dîner. Je bois du thé, pense à ma journée et surtout au cheval que, malgré notre courte connaissance, j’appelle mon ami. J’ai peu d’amis, je suis heureuse d’avoir un cheval pour ami. Après dîner, je fume une cigarette et je pense au luxe que ce serait de sortir au lieu de bavarder avec moi-même et de m’importuner avec les mêmes éternelles histoires que je me raconte sans cesse. Je suis une personne très ennuyeuse et nul ne le sait mieux que moi, en dépit de mon énorme intelligence et de mon physique distingué.Souvent, je me suis dit que si l’on m’en donnait l’occasion, je deviendrais peut-être le centre de la société intellectuelle, mais à force de bavarder avec moi-même, je suis encline à répéter toujours les mêmes choses. Que voulez-vous, je suis une solitaire.
Leonora Carrington, « La maison de la peur »



