Sitôt debout, et en vêtement de nuit, je marche sur la pointe des pieds, sans faire de bruit, jusqu'à la porte de la chambre de Naomi ; je frappe discrètement ; mais plus encore que moi, elle est une lève-tard ; parfois, encore dans un demi-sommeil, elle ne répond que par un faible grognement ; parfois elle dort à poings fermés ; s'il y a une réponse, j'entre lui dire bonjour ; sinon, je rebrousse chemin et m'en vais de ce pas au bureau.
(…) Naomi reste au lit le matin jusqu'à plus de onze heures, ni éveillée ni endormie ; somnolente, elle fume des cigarettes ou lit le journal. Ses cigarettes, ce sont des Dimitrino, longues et fines ; son journal, le Miyako ; elle lit aussi des magazines : Classic, Vogue ; ou plutôt elle ne lit pas – elle étudie minutieusement, page après page, les photos qui se trouvent à l'intérieur : surtout les dessins de mode et les modèles occidentaux.
Junichirō Tanizaki, Un amour insensé (tr. Marc Mécréant)