Il est quinze heures zéro quatre. Zéro cinq. Le réveil vient de changer de chiffre. Je suis allongé sur le côté. J'attends. Que le temps passe. La ficelle du store s'agite et cogne la fenêtre. Il faudrait ouvrir les volets, enfin le store, quand même. Elle est terminée par un gros nœud à boucles qui virevolte. Ça ne me gêne pas qu'il fasse sombre. Le vent coulis. Il va faire nuit bientôt, de toute façon.
Quinze heure zéro six. De toute façon, il va faire nuit. La poche de ma veste, c'est laquelle ? La droite, en tapon sur la chaise, forme une bouche méprisante. Le nez ? Je ne vois pas. C'est la manche recroquevillée ? Alors le sourcil, c'est le col, mais je ne trouve pas les yeux dans le reste des froissures. La veste à rayures sur la chaise ; la chaise en bois et en paille, entre la table et le secrétaire ouvert ; le mur rose, le plafond qui enserrent la fenêtre et les lignes du parquet qui viennent jusqu'à moi, qui continuent, en bas, jusqu'au bord de ce que je vois. Je sais que je vois la pièce, sans rien fixer. Je regarde ou je me rappelle ? Ce n'est pas grave.
Charles-Horace Coll-Part, Mémoires d'un prodige de foire