La vie s'en va. Quand on entend la respiration devenir plus courte, ceux qui veillent le moribond, ceux qui l'aiment le mieux, se rapprochent de lui et commencent à accomplir à son égard le devoir religieux de lui plier les membres. Ils ramènent ses genoux et ses coudes contre sa poitrine, repliant les jambes et les avant-bras pour qu'il occupe le moins de place possible. Cette coutume se rencontre chez bien des peuples primitifs. Elle à sans doute pour but de remettre l'homme qui meurt dans la position que l'enfant occupait avant la naissance. Si, dans les affres de l'agonie, le mourant a étendu ses membres et qu'ils se soient ainsi roidis, on attend qu'il ait poussé le dernier soupir et alors on les brise, les ramenant tout près du corps avec le moins de violence possible.
Henri-A. Junod, Les Ba-Ronga

Un autre chaman ton­gouse raconte qu'il a été malade toute une année. Pendant ce temps, il chantait pour se sentir mieux. Ses ancêtres-chamans sont venus et l'ont initié : ils l'ont percé de flèches jusqu'à ce qu'il eût perdu connais­sance et fût tombé à terre ; ils lui ont coupé la chair, lui ont arraché les os et les ont comptés ; s'il lui en avait manqué, il n'aurait pas pu devenir chaman. Durant cette opération, il resta un été entier sans manger ni boire.
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Les peuples de l'Asie Septentrionale conçoivent l'autre monde comme une image renversée de celui-ci. Tout s'y passe comme ici-bas, mais à rebours : quand il fait jour sur la terre, il fait nuit dans l'au-delà (c'est pourquoi les fêtes des morts ont lieu après le coucher du soleil : c'est alors qu'ils se réveillent et commencent leur journée), à l'été des vivants correspond l'hiver dans le pays des morts, le gibier ou le poisson est-il rare sur la terre, c'est signe qu'il abonde dans l'autre monde, etc. Les Beltires posent les rênes et la bouteille de vin dans la main gauche du mort ; car celle-ci correspond à la main droite sur terre. En Enfer, les fleuves remontent vers leurs sources. Et tout ce qui est renversé sur la terre, est en position normale chez les morts : c'est pour cette raison qu'on renverse les objets qu'on offre, sur la tombe, à l'usage du mort, à moins qu'on ne les casse, car ce qui est cassé ici-bas est intact dans l'autre monde et vice versa.
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En dehors des chamans, tout Esquimau peut également consulter les esprits, par la méthode appelée qilaneq. Il suffit d'asseoir le malade à terre et de lui tenir la tête levée avec la ceinture. On invoque les esprits et, quand la tête devient lourde, c'est le signe que les esprits sont présents. On leur pose alors des questions ; si la tête devient encore plus lourde, la réponse est positive ; si, au contraire, elle semble légère, la réponse est négative. Les femmes utilisent fréquemment ce moyen commode de divination par les esprits. Les chamans y recou­rent parfois en se servant de leur propre pied.
Mircea Eliade, Le Chamanisme et les techniques archaïques de l'extase

The term co bac is an interpersonal reference meaning “aunts and uncles” (…). These “aunts and uncles” are dead, but not really dead in the sense of being settled in the am (the world of the dead); they are not alive, but they still have not left the world of the living. They are neither really there in the world of the dead (am) nor here in this world (duong), and, at once, are in both. The idea of “wandering” in terms of wandering spirits points to the imagined situation that these spirits are obliged to move between the periphery of this world and the fringe of another world.
Heonik Kwon, Ghosts of War in Vietnam

« Les djinns sont partout, pas seulement dans la nature. Il y en a beaucoup à Tachkent comme à Paris, mais les gens ne s'en rendent pas compte. Vous ne les voyez pas, mais ils vivent à côté de nous, sous les ponts, dans les endroits sales (iflâs), là ou l'on jette les cendres, dans les décharges (xâkestar), dans le fumier (gomba), il y en a partout… Pendant la journée il se promènent peu car ils vivent plus la nuit : à partir de vingt heures, après la prière du soir, ils entrent en activité. Vers quatre heures du matin, quand le mollâ appelle à la prière et que les fidèles se lèvent, afin que personne ne les surprenne, ils disparaissent tous sous les ponts, dans les ordures, dans les ravins, dans les cagibis… »
« Durant l'hiver et l'été, ils se promènent moins et sont moins nuisibles. Au printemps, quand les plantes poussent et que les fleurs éclosent, les djinns deviennent plus nombreux. Ils se promènent en famille pour regarder. À l'automne aussi, quand les feuilles jaunissent et tombent, ils sont nombreux et investissent (miseporand) davantage les humains. Il y a alors plus de maladies. (…) »
« Les pari se promènent en volant, et pour se reposer, s'assoient par terre. Les djinns peuvent se déplacer très vite, par exemple d'ici à Paris en quelques minutes, et ils peuvent emporter quelqu'un avec eux dans le monde caché. »
« Sous ma maison il y a une cave, et quand ma femme y entre, à chaque fois, ils l'embrassent sans qu'elle s'en rende compte, car elle ne voit pas ces choses. Quand elle dort aussi, ils s'amusent avec elle en la pinçant jusqu'à ce qu'elle ait des bleus. Elle me les montre le lendemain, mais elle ne sent rien. Ils l'attrapent et s'amusent avec elle. »
« Une nuit je marchais près du pont et j'ai vu les djinns : ils étaient innombrables, deux ou trois mille, ils avaient fait un feu et dansaient et sautillaient autour. L'un d'eux a fait semblant d'être mort et ils ont fait un simulacre de funérailles, avec suppliques, etc. Une partie d'entre eux pleurait le défunt, une partie s'amusait, une autre faisait autre chose. »
Jean During et Sultonali Khudoberdiev, La voix du chamane

Self-respecting Tuareg still think it shockingly indecent for a man to let his mouth be seen by anyone to whom he owes the least formal respect, so much so in fact that Lhote was able to write of Tuareg women married for over 20 years who claimed never to have seen the mouths of their own husbands. When a man is eating or drinking, the left hand is slid up underneath the fold of cloth that covers the face so as to hold it out away from the mouth without raising it above chin level, and the spoon, bowl or glass containing food or drink is then passed up under the veil with the right hand in such a way that the mouth and even the chin remain concealed during the entire process.
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Tuareg attach considerable importance to indigo blue cotton cloth, a product which they get from the Sudan. (…) The cloth itself, of very ordinary quality, is so heavily impregnated with crude indigo as to be literally stiff with it. A brand new piece looks black when seen at a distance or in a poor light, but in bright sunlight it is a dark purplish blue with a coppery sheen like that of cheap carbon paper; and the indigo dye comes off on your fingers at the slightest touch, just as the ink on carbon paper does but much more so.
Obviously, anyone who wears clothes made of such material is soon stained with indigo from head to foot, and the Tuareg even rub it into their skin on purpose. Women often smear it on their foreheads, cheeks and temples and around their mouths by way of make-up. (…) If the Tuareg wash themselves only very rarely, it is partly to preserve the accumulated protective coating of indigo (…). A dirty looking, bluish skin is admired by the Tuareg just as much as a rich golden tan is admired in midwinter by the business men and women of New England and New York.



L. Cabot Briggs, The living races of the Sahara desert

Even when alone with him, I have never been able to get a sense of his personality. It is almost as if he didn’t have one. What struck me most of all in him was a sort of resignation. He seemed to have little desire to assert himself, and at the same time he had a certain tenacious resistance to being ordered around all the time. Yet he bore the others no ill will that I could detect.
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The Fulani do not appear to believe that the ground is dirty. Children not only pick up things from the ground and put them in their mouths, as we have seen, but they eat dirt itself. Parents see this as perfectly normal. What must be avoided, on the other hand, is food coming from the wrong people (…).
Paul Riesman, First find your child a good mother. The construction of self in two African communities

Quelque nombreux et variés que soient les secteurs où peut s'exercer l'activité de ces populations, beaucoup d'individus préfèrent ne rien faire et vivre aux crochets des autres. Le fait est plus rare chez les Arabes, âpres au gain, que chez les Somali, les Issa ou les Afar qui le plus souvent vivent au jour le jour et dépensent au fur et à mesure ce qu'ils gagnent. Moins prévoyants, ces derniers ne travaillent souvent que lorsqu'ils n'ont plus assez d'argent pour vivre. Le reste du temps, ils se réunissent devant une tasse de thé dans un café pour discuter entre eux.
R. Muller, « Les populations de la Côte française des Somalis »,
Cahiers de l'Afrique et de l'Asie, V

Les heures de la journée sont marquées par les différentes positions du soleil. La journée commencerait bien avant l’aube, avec le premier chant du coq : takataka kokoberu. On ne bougera pas avant le deuxième chant, takataka so kokoberu, qui précède de peu le moment où l’on sort de la case enfumée, en bâillant et en s’étirant longuement. Les voisins se saluent : balebalete, comment allez-vous ? Il serait alors entre six et sept heures du matin. Le premier travail de la femme, sitôt levée, est de balayer les abords de la maison : les villages bété sont propres. Elle va chercher de l’eau, ranime les cendres, emprunte au besoin un tison à une voisine pour faire chauffer les restes du souper de la veille. Parfois aussi, en l’absence de bois, on se contentera de les manger froids. Le repas de midi ne sera pas plus important, seul compte vraiment le souper.
Les formes des arbres et des maisons se précisent, le soleil apparaît, sa chaleur est bientôt sensible : yuro vǝla, le soleil « siffle », la journée est commencée, il est environ huit heures. Dans les jours fastes – ceux qui suivent l’abattage d’un palmier – l’homme prend sa hache ou son coutelas, une gourde ou une bouteille et se dirige vers l’arbre abattu pour recueillir la sève qui aura coulé pendant la nuit : gapo yuro, le « soleil (l’heure) du palmier ». L’extraction du « vin » de palme s’opère de la façon suivante : l’arbre couché sur le sol est ébranché à la hache ; l’écorce ôtée, il reste une membrane fibreuse comestible. À la partie supérieure du tronc, à la base des nervures, un trou est ménagé, assez large pour recevoir un bambou dont l’autre extrémité repose dans un récipient posé à même la terre : poterie, grande cuvette émaillée, dame-jeanne ayant jadis contenu du vin. Trou et poterie sont recouverts de feuilles, pour éviter la chute d’insectes ou de brindilles. L’arbre sera visité, la partie incisée chauffée pour activer la montée de la sève, le récipient vidé, à plusieurs reprises dans la journée ; ceci, jusqu’à l’épuisement complet, après trois semaines ou un mois selon l’habileté de l’opérateur. (…)
La chaleur augmente, vient l’heure du soleil brûlant, du soleil « noir », yuro kwe. Deuxième visite aux palmiers vers onze heures : ga [po] so yuro. Bientôt, les femmes devront songer à préparer le souper ; elles quittent les jardins pour aller chercher de l’eau, ramasser en chemin le bois nécessaire au foyer. Les hommes en profitent pour faire une troisième visite aux palmiers, gapo ta yuro. Ils rentreront à l’heure « où le soleil tient une bûche rouge dans sa bouche », yuro ka bɛrɛ nyi. Ce moment de la journée est à peu près symétrique du « sifflet du soleil » matinal ; on le dit aussi bien dodo yuro vǝla, « sifflet du soleil nocturne ». La vie renaît, après la chaleur du jour ; dans les rayons obliques qui éclairent les sous-bois, les singes s’ébattent, se lancent d’arbre en arbre, et, de joie, poussent des cris aigus : c’est le « soleil (ou l’heure) des singes », gɔ yuro.




Denise Paulme, Les Bété. Une société de Côte d'Ivoire

Aussitôt que le moribond a rendu le dernier soupir, un de ses proches s'en va en toute hâte sur une hauteur environnante, qui n'est parfois qu'une butte dans un champ voisin de la case mortuaire pour annoncer qu'un tel vient de mourir (Kubika : annoncer la mort, ce verbe s'emploie également pour désigner le chant du coq).
Détail pour le moins curieux, (…) pour se convaincre de la mort du malade, on lui met sous le nez une plante qui exhale une très mauvaise odeur et s'il ne manifeste aucun signe de répulsion, c'est que vraiment il a expiré !
R. P. M. Pauwels, Imana et le culte des mânes au Rwanda

Que se passe-t-il à l’instant de la mort ? Lorsqu’un homme meurt, le corps est enveloppé dans un tapis et enterré. Ce qui arrive ensuite, c’est que le corps se décompose.
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Malgré tout ce qui a été dit précédemment, à savoir que tout est fini avec la mort, il ressort peu à peu qu’il nous est donné une sorte de vie après la mort et que ce qui vit encore de l’individu porte le nom de letengo. Prié de décrire un letengo, l’informateur répond que celui-ci ressemble à une personne, mais qu’il est plus petit, tout juste 50 cm de haut. Un letengo marche comme un homme, mais dégage une odeur fétide. Au bout de quelques temps, il disparaît généralement.
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Chez les Bongo, par contre, nous avons constaté village après village, que l'on enterrait les morts au cœur de la forêt, généralement au-delà de plusieurs cours d'eau, et qu'on ne retournait jamais, tout au moins jadis, à la tombe. Et cela ne suffisait pas ; on prenait en outre toutes sortes de précautions ; on recommandait au mort de s'en aller pour toujours, de ne jamais revenir à son ancien village. On n'avait même pas confiance en sa bonne volonté de se soumettre au désir des vivants. Parmi les autres mesures destinées à empêcher le mort de revenir, on mettait un morceau de tronc d'arbre, avec des branches pointant de tous les côtés, sur le sentier, tout près de la tombe, pour barrer effectivement la route.
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Ce sont les mauvais [morts] qui deviennent bidzuru. Ces bidzuru demeurent dans la forêt, ils sont tout petits, ils ont le corps poilu comme des animaux et marchent à quatre pattes. Ils dégagent une odeur nauséabonde, comme de viande pourrie ou de fourmi mukutuyu.
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À la séparation d'avec le mort, [certains Bongo] adoptent toutefois une attitude carrément négative. On prend congé de lui par ces mots : « Maintenant que tu es mort, il ne faut pas que tu reviennes chez nous. »
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Tous les morts ne deviennent pas matengo. Les uns deviennent bafu kale (morts dans le temps ?). Ils demeurent dans la forêt. Ceux qui sont morts récemment vivent près des villages des vivants. Ceux qui sont morts depuis longtemps, vivent au cœur de la forêt. Il faut crier très fort lorsqu'on les appelle pour qu'ils vous entendent.
Efraim Andersson, Les Bongo-Rimba

Certaines difficultés se présentaient parfois aux hommes du village assemblés : ils avaient un trou de mémoire, ou il s’agissait de retracer l’histoire d’un lignage éteint, ou bien aucun vieux du lignage intéressé n’était présent ou capable de fournir une généalogie un peu profonde et cohérente ou de se rappeler du lieu d’origine de ses ancêtres. On nous demandait souvent de patienter un instant ; quelqu’un disparaissait et revenait avec le renseignement manquant ; ce renseignement avait été obtenu auprès d’une vieille femme que l’on allait parfois tout bonnement quérir ouvertement. Parfois aussi, nous réalisions que, cachée derrière le locuteur, une vieille femme lui soufflait ce qu’il nous répétait à haute voix.
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Traditionnellement, certains jeunes gens détestent aller aux champs, ne sont doués ni pour la chasse, ni pour les chants, ne forgent pas, ne tissent pas, ne font pas de vannerie. Ils passent leurs journées sous un hangar, , à écouter les vieillards. Ils ne manquent pas une causerie, gli, pas une discussion. Peu à peu, ils s’initient aux affaires et aux secrets du groupe lignager ou du village. Les vieillards meurent ; ces jeunes inactifs ont récolté leur science, grâce à laquelle ils jouent parfois le rôle social que les hommes plus actifs par leur ignorance ne peuvent briguer. (…) D’autres jeunes gens, ayant parfois une vague teinture scolaire, se refusent également à tout travail mais refusent aussi d’écouter les vieillards et de leur obéir. Ils traînent au village dont ils connaissent les ragots, s’intéressent aux histoires de femmes, ramassent ça et là des bribes de connaissances, ou se promènent de village en village sous prétexte de danses et de funérailles. 
Ariane Deluz, Organisation sociale et tradition orale. Les Guro de Côte-d’Ivoire

Les jeunes gens sont allés trouver Hammadî Maramara et lui ont demandé s’il connaît Fâtuma, fille du roi. Il leur a répondu qu’il ne connaît pas Fâtuma, qu’il ne sait même pas ce que ce nom-là veut dire. En effet, il ne connaît pas de femme. Il n’a jamais vu d’autre femme que sa mère. Il ne sait pas s’il y a d’autres femmes qu’elle. Il ne sait même pas si Fâtuma est un nom de femme ou d’homme. Il n’est jamais sorti de sa cour, n’a jamais marché cent pas à pied. Les jeunes hommes l’ont soulevé, lui ont enfilé une vieille culotte et l’ont porté jusqu’au bord de l’eau. Hammadî Maramara est si inerte, qu’on le prendrait pour un cadavre. Ils l’ont poussé dans l’eau, puis chacun a pris un morceau de bois pour gratter les saletés du corps de Hammadî Maramara. Depuis qu’il est né, il n’est jamais descendu dans l’eau, il ne savait même pas où se trouve le bord. (« Le jeune héros »)
Ziedonis Ligers, Les Sorko (Bozo). Maîtres du Niger, tome V

Il y a encore plusieurs autres animaux qu’une femme enceinte doit éviter. Elle ne doit pas voir la tête du lièvre, même pas un lièvre en train de courir, autrement les oreilles de son enfant à naître deviendront très grandes. Les chasseurs n’amènent d’ailleurs jamais la tête d’un lièvre au village, ils la coupent et jettent en brousse. Mais une femme enceinte peut bien consommer la chair du lièvre, son enfant deviendra alors très très malin, raison pour laquelle certaines femmes enceintes en mangent exprès. Si une femme enceinte a marché sur l’emplacement où un âne vient de se rouler à terre, elle doit cracher dans ces traces, autrement l’enfant dont elle accouchera émettra sans cesse des pets. S’il arrive qu’une femme enceinte entende les ris d’une réunion de hyènes, l’enfant qu’elle porte va toujours rire à la manière d’une hyène : kukuku. En brousse, voit-elle une girafe, son enfant deviendra un devin qui « regarde » trop, tout comme cet animal, et en regardant trop, il oubliera souvent de faire son travail. Si une femme enceinte a mangé la viande du « rat voleur », son fils sera un voleur, et après avoir été condamné, il deviendra récidiviste.
On défend aussi à une femme enceinte de manger la viande du bouc et du coq, car dans ce cas l’enfant qui naîtra sera un « enfant du monde », il ne restera pas dans le village, ira toujours en aventure et ne demeurera jamais sur place. Si c’est une fille, elle deviendra une femme de mœurs légères ; si c’est un garçon, il sera un vagabond courant après les femmes seulement. La femme en grossesse peut bien manger des poissons, à l’exception toutefois du pérede, car le corps de ce poisson est trop mou, et son enfant deviendrait « mou » lui aussi. D’ailleurs, il y a beaucoup d’autres personnes qui ne consomment pas ce poisson, sa chair étant vraiment trop molle. (…)
Également, si une femme en état de grossesse a vu des fruits dont elle est saisie d’envie, et qu’elle n’a pu les avoir, l’enfant qui va naître portera l’image de ces fruits sur la peau, sous la forme d’une tache facilement reconnaissable. (« La naissance »)
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À ce moment, on fait appeler tous les enfants pour la cérémonie qui consiste à « piétiner le tombeau du placenta du frère aîné et du nombril du jeune frère ». Arrivant aussitôt, les enfants entrent dans la maison, frappent des mains, s’amusent, rient et crient sans cesse : hê, hê, hê, ou vê, vê !, et ils piétinent en dansant le tombeau du placenta. Les vieilles femmes présentes font la même chose, mêlées à ce grand troupeau d’enfants. Pendant tout ce temps, les jeunes doivent bien s’amuser. Si, en piétinant le sol, les enfants ne criaient pas assez et ne riaient pas bien, le nouveau-né, par la suite, ne serait jamais gai, ne rirait jamais et ne parlerait presque pas. Quand on voit une personne qui ne rit jamais, on dit que le jour de « l’enterrement de son grand frère (= le placenta) », les enfants ne se sont pas amusés.
Si, au lieu de l’enterrer, on avait jeté le placenta, le nouveau-né, une fois devenu grand, serait un menteur. Par contre, celui dont le placenta a été enterré convenablement, dira toujours la vérité. Pour le prouver, l’informateur a ajouté : « Regardez les captifs de culture, les Rimaïbé, ils jettent le placenta, c’est pour cela qu’ils sont tous des menteurs ! ».
J’ai demandé aux enfants s’ils savaient où était enterré exactement leur « frère aîné » (le placenta). Après avoir réfléchi, ils ont répondu qu’ils ne le savent pas. (« La naissance »)
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On dit que c’est le vendredi le meilleur jour pour la naissance : l’enfant du vendredi sera un véritable chef, un jour il va commander et il réussira dans toutes ses entreprises. De même, lundi aussi est considéré comme un jour très favorable ; en effet, l’enfant né ce jour sera ou bien très riche, ou très renommé. Un garçon né un jeudi sera un très bon chasseur ou pêcheur, mais il blessera facilement les autres ; il aimera le mal, le crime, il sera toujours le premier dans un groupe de gens à faire le mal. Il ne donnera jamais de bons conseils à quelqu’un ; il poussera toujours ses camarades à faire le mal. « Ce sont des bandits généralement, mais de très bon guerriers », ajoute encore un vieux. L’enfant né un dimanche est d’habitude très calme et très gentil. Si l’on arrive à avoir un enfant né un samedi, on en aura d’autres encore, il ne sera pas fils unique, son père aura encore d’autres enfants après lui. Il ne souffrira ni de la faim ni de la misère. Seulement, il sera moins heureux qu’un enfant né un vendredi ou un lundi. (…) L’enfant né un mercredi sera gentil, mais un peu mou, un peu indolent. Celui qui naît la nuit sera heureux et réussira dans ses entreprises. (« L’imposition du nom »)
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Quand les enfants jouent ensemble, ou parlent entre eux, il arrive que l’un d’eux lâche un pet. Tout le monde s’arrête alors et demande qui l’a fait. Chacun assure que ce n’est pas lui. Alors ils décident de recourir à la divination par libellule afin de retrouver le coupable. Selon l’ancienne tradition, c’est la libellule qui commandait les gens, autrefois, et maintenant encore elle accompagne le voyageur sur le chemin, le précédant et le conduisant ainsi sur la bonne route. On prend une baguette et on en recourbe l’extrémité supérieure. C’est le plus âgé des enfants présents qui dirige cet oracle. Il prend place à terre et tous les autres viennent s’asseoir autour de lui. Le devin fait tourner la baguette entre ses deux paumes pour lui imprimer un mouvement de rotation, tout en chantant la formule suivante : « Libellule, tourne tourne, libellule rouge, pjév ! » et tous les autres enfants l’entonnent en refrain. Au moment de prononcer le mot pjév, on cesse de rouler les paumes : la baguette s’arrête toute seule et son extrémité recourbée se trouve pointée sur un des enfants présents. Tous les autres se tournent vers ce dernier et s’écrient : « C’est la libellule qui t’a saisi ! », puis ils confirment que c’est bien lui qui a pété, disant encore vôô ! Si l’enfant désigné par le sort se défend farouchement et continue de nier le fait, on recommence à faire tourner la « libellule ». Si encore la fois suivante, l’extrémité recourbée de la baguette s’arrête sur lui, on dit que c’est sûrement lui le coupable ; mais si elle pointe sur un autre, on se contente de remarquer : « C’est entre vous deux ! ». Si le hasard a désigné le vrai coupable et que tout le monde lui crie vêê, vêê !, visiblement il ne peut pas beaucoup se défendre. Tout ce qu’il peut dire, en fixant son regard sur un autre, c’est lui rappeler ceci : « L’autre jour, tu as pété aussi ! ». (« Les soins de l’enfant et son éducation »)
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Certaines autres fois, j’ai constaté que pour réanimer un noyé, les hommes lui sucent l’eau par les narines, « car c’est l’eau de la tête qui tue le plus vite, pas celle du ventre ». Si l’on n’a pas sucé ainsi, cette « eau de la tête ne sort pas, elle marche là où il ne faut pas marcher, ça va entrer alors dans la cavité au milieu de la tête, en haut ; cet endroit n’est pas fort chez les enfants : il suffit que l’eau pénètre un peu là, c’est fini ». Il paraît, d’après les renseignements que j’ai pu recueillir à ce sujet, que « cette eau de la tête ne sort que par les narines, tandis que l’on peut évacuer l’eau du ventre soit par la bouche, soit en urinant ». (« La natation et la nacelle en jonc »)
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Quand un Sorko entre dans l’eau, il pénètre dans son élément. Pour désigner sa profondeur, il dispose d’un vocabulaire très riche et particulièrement détaillé, tout comme pour la natation et la navigation. Dans un endroit peu profond, il dira que « l’eau lui arrive aux chevilles », et quand elle les dépassera un peu, il constatera que « l’eau lui arrive au cou-du-pied ». Entré un peu plus profondément dans l’eau, un Sorko, s’il s’agit d’un homme, dira que « l’eau lui touche la masculinité de la viande », c’est-à-dire : le mollet, mais s’il s’agit d’une femme, elle va dire que l’eau lui arrive à « la féminité de la viande ». Si l’eau lui dépasse le mollet, le même homme dira que « l’eau se trouve au-dessus de la viande de la masculinité ». Plus loin encore, il dira que « l’eau lui arrive au genou », puis au-dessus du genou. Pénétrant encore plus profondément, le Sorko dira que « l’eau lui arrive en haut des jambes », ensuite il annoncera que « la bouche du derrière touche l’eau », puis que « les fesses sont dans l’eau ». Arrive-t-elle à la ceinture, il dira que « l’eau touche les hanches », puis le nombril. Ensuite, la profondeur de l’eau est mesurée en constatant que « le ventre est dans l’eau », puis la poitrine, le cou, le menton, la barbe, la bouche, le nez, et enfin il dira qu’à cet endroit « l’eau lui arrive au front », puis que l’eau lui passe sur la tête, bien que l’on voie encore le dessus de la tête un peu hors de l’eau. Mais, à ce moment, il faut déjà nager. (« La natation et la nacelle en jonc »)
 

Ziedonis Ligers, Les Sorko (Bozo). Maîtres du Niger, tome IV

« Les incantations que j’ai récitées sur la première brique de la maison commune des jeunes gens [sâhô] serviront à trois buts. Premièrement, un sorcier ne pourra pas entrer dans le sâhô pour boire votre sang. Deuxièmement, si une fille y entre, elle sera d’accord sur tout ce que vous allez lui demander. Troisièmement, si une personne entre dans le sâhô en votre absence, pour y déposer des objets ensorcelés (des œufs de poule portant des signes tracées avec du charbon, ou des crachats de noix de kola mâchées, ou bien des marques tracées avec le chalumeau du marabout, ou du piment rouge, ou encore des boules de bouillie), elle ne sortira pas avant que l’un de vous vienne la trouver, la chose dans la main, car elle ne saura pas où la poser. Voilà à quoi vont servir les incantations que je viens de réciter sur la première brique, mise dans les fondations du sâhô ». Les jeunes gens le remercient beaucoup. (« Sâhô, la maison commune des jeunes gens »)
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Dans cette société, il y avait deux jeunes hommes liés par une amitié sincère, depuis « leur naissance même ». Ils n’ont d’ailleurs jamais voulu s’associer un troisième camarade. Si l’un deux tombe malade, l’autre le sera de la même manière. Si l’un ne veut pas manger, l’autre non plus, et si l’un va au cabinet, l’autre ressent impérieusement le même besoin. Même au sujet des amantes : si l’un deux a fait la connaissance d’une charmante fille, l’amie de cette dernière sera alors l’amante de l’autre. Et dès que l’un dit qu’il ne veut plus la sienne, l’autre en dira autant pour sa propre amante. (Idem)
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C’est dans sa septième année qu’il a commencé véritablement à marcher, pas avant car c’était un enfant chétif. Dès qu’il a pu marcher, il a commencé à parler (auparavant il comprenait bien ce que les gens lui disaient, mais lui-même a toujours préféré se taire). (Idem)
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Leur premier danseur s’appelle Négesiri et quand il exécute les mouvements de la danse, il est si flexible qu’on dirait qu’il n’a pas d’os. Il chante aussi bien qu’il danse et les gens disent de lui « que s’il chante, tout le monde préfère alors qu’il chante et ne danse pas, et s’il danse tous lui disent de danser et de ne pas chanter ». (Idem)
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Ce sont surtout les jeunes filles qui s’intéressent vivement de savoir comment l’intérieur d’une « maison est tenu ». Si elles sont parties dans un mariage, accompagnant le fiancé, dans un campement ou village voisin, elles s’arrangent pour regarder, l’une après l’autre, les intérieurs de toutes les maisons. Pour ceci, chaque jour, elles vont piler dans un autre quartier. C’est ainsi qu’en pilant le riz, quelques filles parlent : « On va aller boire l’eau, dans une maison ». Elles entrent dans une case qu’elles ne connaissent pas encore et pendant que l’une d’elles boit, l’autre regarde tout ce qu’il y a. Puis c’est l’autre qui boit, et la première regarde à son tour. Ensuite elles sortent pour rejoindre les autres filles.
Également, si une fille de ce village veut aller chez elle, pour prendre ses vêtements, par exemple, elle demande à deux ou trois, ou même toutes les filles étrangères de l’accompagner. Pendant qu’elle change ses habits, les filles étrangères regardent tout ce qu’il y a dans la paillote. Elles voient aussi comment ils mangent et comment ils « tiennent leur maison ». Il y a un jour où les filles ne pilent pas et ne font rien. C’est le quatrième ou le cinquième jour d’un mariage. Elles s’en vont alors dans plusieurs maisons et regardent ce que les gens ont et ce qu’ils n’ont pas. Ce jour, les villageois parlent ainsi entre eux : « Aujourd’hui, il ne faut pas fermer les maisons ni y demeurer, car c’est aujourd’hui que les filles vont se promener dans toutes les cases ». Pour laisser les étrangers à leur aise, les villageois n’entrent eux-mêmes que pour boire l’eau et ressortir aussitôt. (« Les paillotes »)
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Un propriétaire de champ s’est plaint que l’autre jour il venait de trouver quatre hommes assis sur son champ, à côté des plantes de manioc, chacun d’eux tenant une racine à la main et la croquant le plus tranquillement du monde. Il a regardé les quatre individus et a remarqué que c’était des aveugles. Il s’est approché d’eux et a posé la main sur la tête d’un aveugle. Ce dernier s’est arrêté de croquer et, pensant que c’était son camarade qui le touchait, il a demandé : « C’est toi, Mâmadû, qui as posé ta main sur ma tête ? ». Mâmadû a répondu que ce n’était pas lui. L’aveugle s’est adressé à un autre : « Mon camarade Sumâna, c’est toi qui as mis ta main sur ma tête ? », Sumâna a répondu – tout en croquant la racine de manioc – que ce n’était pas lui. L’aveugle a demandé alors à son troisième compère : « Mon camarade Ali, c’est toi qui as posé ta main sur ma tête ? ». Ce dernier a répondu : « Non, mon camarade Bôkari, ce n’est pas moi ! ». Alors l’aveugle de conclure : « Si ce n’est pas un de vous, c’est donc le propriétaire de ce champ qui a porté sa main sur ma tête ! ». Le propriétaire s’est fâché, à ce moment, et il a giflé celui qu’il avait sous la main. Les quatre aveugles se sont alors levés brusquement et ont pris la fuite. En courant, ils ont piétiné beaucoup de manioc. En terminant son récit, le malchanceux propriétaire du champ m’a confié sa conclusion sur l’affaire : « Les aveugles sont des voleurs ! ». (« La cuisine »)
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Profitant, à présent, que je suis en pleine enquête parmi les djinns, j’ai posé plus d’une fois la question suivante à mes charmantes informatrices, pour savoir « comment mangent les djinns et comment ils font leur cuisine ». La réponse a toujours été très sûre et pour ainsi dire invariable : « C’est chaque fois dans le creux, à l’intérieur de l’arbre, que les djinns préparent leur cuisine. Et quand les djinns mangent, ils posent leur plat au milieu et chacun d’eux tourne le dos vers ce plat, prenant la nourriture avec la main tournée en arrière, sans regarder. ». (« La cuisine »)
  

  

Ziedonis Ligers, Les Sorko (Bozo). Maîtres du Niger, tome III

[Nouhoun] représente encore aujourd’hui la capitale spirituelle du peuple Sorko et la langue qui y est parlée est sans conteste le sorko le plus classique. Or, une curieuse coutume s’est conservée jusqu’à nos jours, qui veut que la femme y fasse non seulement son propre travail, mais aussi celui de l’homme. Elle tient les rênes du « gouvernement » dans ses propres mains et dirige tous les travaux de la famille, même la pêche. Avant d’entreprendre quoi que ce soit, le mari doit en parler à sa femme, et dans le cas où les avis sont différents, c’est la voix de la femme qui l’emporte. (…) De même, si la femme dort, un homme ne peut pas parler à côté, autrement elle va se réveiller et ne sera pas contente. Si la femme a dit sont mot, et que le mari ose émettre une opinion quelque peu différente, elle retourne chez sa mère et son père. (« La pêche à l’hameçon »)
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Pour faire venir la pluie, on amène deux enfants jumeaux en brousse, on les y attache et les abandonne seuls. Dès que la personne qui l’a fait est revenue de la brousse, chacun, au village, s’empresse de préparer son harpon, en attachant le fer au manche. Mais on le fait à l’intérieur des cases, pour que les autres ne le voient pas et ne pensent pas qu’ils sont pressés. D’habitude, c’est la nuit suivante que l’on aura la pluie. Dès que celle-ci approche, la personne qui a attaché les jumeaux court en brousse pour les détacher. Les jumeaux reviennent, mais avant qu’ils soient arrivés au campement, la pluie tombe déjà. (« La pêche aux filets »)
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Si un petit enfant est malade, étant pris de vomissements, on attrape un kuna (Alestes nurse) et, sitôt pêché, on met la queue de ce poisson cru dans la bouche du nourrisson, qui la suce. Alors l’enfant s’arrêtera de vomir et sera guéri. (« La conservation et la consommation des poissons »)
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Maintenant, on voit toujours ce petit garçon jouer de son tambour couvert d’une peau de Tetrodon fahaka (…). Ainsi, tout le monde sait que ce petit garçon sera un tambourinaire. Lorsque le petit est un peu plus grand, son père lui confectionne un vrai tambour en bois (…). Le petit frappe continuellement son nouveau tambour, seul et aussi avec les autres garçons, et ils vont répéter leur danse avec des petites filles. Le petit apprend par cœur pour bien jouer tous les morceaux de tambour. Les gens voient que maintenant il sait jouer, mais il n’a que six à huit ans. À ce moment, les grandes filles, elles aussi, demandent au petit tambourinaire, après le souper, de venir jouer pour elles, belembe fuo, le rythme de la danse la plus rapide des jeunes filles Sorko. Le petit vient tout seul ou avec un autre petit tambourinaire qui l’accompagne. Quand les grandes filles voient que le petit joue bien, elles le « reprennent » aux petites filles. Elles lui racontent qu’à présent il est trop grand pour jouer pour les petites, et qu’à partir de maintenant il ne jouera plus que pour les grandes. Le petit tambourinaire suit docilement les conseils des grandes filles, d’autant plus que ces dernières chantent les louanges du petit joueur, et sa renommée va grandissant d’un campement sorko à l’autre, jusqu’à ce que tous les Sorko aient entendu que, dans tel campement, il y a un petit qui joue bien. (« Comment les enfant commencent “le travail du poisson” »)
Ziedonis Ligers, Les Sorko (Bozo). Maîtres du Niger, tome II

Toutes les formes de cueillette sorko sont exercées en commun, par un groupe important, sinon la totalité des jeunes filles ou femmes d’un campement ou d’un quartier. La cueillette individuelle est exercée seulement par quelque vieille femme qui en conserve l’habitude jusqu’à la fin de ses jours. Elle ne dit à personne où elle va et elle n’amène personne avec elle, sauf, quelquefois, sa fille, mais qui ne dit rien aux autres. Pour aller dans un certain lieu de cueillette, elle emprunte d’abord un chemin dans la direction opposée, puis fait un détour par des « chemins cachés », pour que personne ne sache où elle va. Si elle rencontre quelqu’un, elle ne parle pas la première, mais si quelqu’un lui adresse la parole, elle répond. (…)
En partant, elle s’arrange pour que personne ne la voie. (…) Elle n’a pas peur des animaux sauvages, car pour cela elle récite certaines formules magiques. Elle amène avec elle un panier et elle ne revient pas avant d’avoir trouvé les fruits qu’elle a désiré. Au retour, en route, elle prend quelques bouses de vache sèches et les pose sur les fruits pour que les gens pensent qu’il n’y a que des bouses dans le panier. Elle se repose un peu dans la paillote, vide le panier et aussitôt elle part à nouveau. Cette fois-ci, elle cueille les fruits du Vitex cuneata et en revenant, pour changer, cette fois elle met dessus des feuilles d’arbres, pour que les gens du campement pensent qu’elle a ramassé des plantes médicinales. (« Comment les vieilles femmes ramassent le riz sauvage et les autres fruits de la brousse »)
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Les petits garçons, aussitôt après avoir mangé le repas du soir, partent tous dans la brousse pour passer près des rôniers toute la soirée et une partie de la nuit. (…) Ils ramassent d’abord tous les fruits qui sont tombés dans la soirée. Chacun les met dans un tas à part, pour lui, et le couvre avec de l’herbe. Maintenant il s’agit d’attendre tard dans la nuit, pour avoir les autres fruits qui vont tomber. Les garçons cherchent un baobab ou un arbre de l’espèce Guiera senegalensis, montent dedans et s’assoient dans les branches. Pour passer le temps, ils causent, quelques-uns dorment, la tête appuyée contre l’arbre. À ce moment de l’année, les panthères sont loin, seuls quelques lions sont là. Après avoir passé sur l’arbre une bonne partie de la nuit, ils descendent et chacun va à son arbre et ramasse les fruits qui sont tombés depuis. (« La cueillette des fruits du rônier »)
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Les petits garçons cherchent dans la brousse une sorte de gommier (Acacia Senegal, ou Combretum Eliotii), appelé mon’o. Ils ont amené leur petite herminette avec laquelle ils font une entaille dans l’arbre, par laquelle coulera la résine blanche, ressemblant à la gomme. On ne touche pas à la résine coulée le premier jour. C’est dans deux ou trois jours que les garçons reviennent, et enlèvent à l’aide de leur herminette la résine coagulée. Ils la croquent pendant longtemps, comme on suce un chewing-gum (ils l’appellent d’ailleurs, aujourd’hui, à l’instar de ce mot, sîngom). Quand ils en ont assez croqué et sucé, ils en mâchent encore, en l’aplatissant, puis en forme de boule, avec de l’air dedans. Frappant dessus, ils produisent un bruit qu’ils appellent « fusil de gomme ». Puis ils sortent la résine bien mâchée de la bouche, la tordent et frappent sur l’autre main, pour produire également un bruit de fusil. (« Le ramassage de la gomme d’Acacia Senegal »)
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Si les filles trouvent d’anciennes figures humaines en terre cuite, elles ne les emportent pas. Elles les regardent seulement et disent : « Voilà, ce sont des poupées en terre cuite des gens d’avant ». Chacune prend la figure dans la main pour la contempler, puis elle la remet à l’endroit où elle l’a trouvée. De retour au campement, elles disent aux gens qu’elles ont vu une « poupée » des hommes d’avant. Les autres femmes du campement racontent à leur tour qu’elles aussi ont vu de telles « poupées » à tel et tel endroit. (« Le ramassage des objets préhistoriques en terre cuite »)
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L’apprentissage dure trois ans. Pendant ce temps, il ne doit pas mentir, pas voler, pas fréquenter les femmes, pas se promener avec les camarades de même âge, ni raconter ce qu’il a vu. Le maître observe encore s’il n’insulte pas les vieux et leur donne des noix de kola. Ainsi chacun va lui donner quelques secrets qu’il détient et l’apprenti va approfondir lentement ses connaissances. Pendant ce temps, l’apprenti ne tue que les petits animaux. Trois ans écoulés, si le maître juge que l’apprenti a tout compris, il le laisse partir tout seul en brousse. (« La formation du chasseur »)
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Cette nuit de la veillée kédjeme, avant le départ pour la chasse collective, la femme sorko, elle aussi, fait quelque chose pour son mari, sans qu’il le sache. Si la chasse a été fixée pour le jeudi prochain, le samedi précédent, la femme va en brousse pour enlever l’écorce de caïlcédrat du côté de l’arbre qui est tourné vers l’endroit où se trouve l’emplacement boisé où aura lieu la première battue. La femme s’accroupit auprès de l’arbre et elle découpe au couteau un petit morceau d’écorce à cette hauteur. Retournée à la maison, elle sèche l’écorce au soleil, laissant le couteau à côté de l’écorce dans le mortier. Puis elle enlève ce qui est déjà réduit en poudre, et les gros morceaux restés entiers, elle les expose encore au soleil pour les sécher à nouveau. Puis elle les repile encore une fois. Après, elle prend un peu de la terre sur laquelle a marché le pied de son mari et l’ajoute à la poudre pilée. La nuit de la veillée précédant la chasse, la femme prend, avec sa main droite, quatre pincées de cette poudre mélangée avec la terre sur laquelle avait marché son mari, et la porte sous ses vêtements pour que les gens ne la voient pas. Elle passe par l’endroit où tous sont réunis autour du chanteur kédjemeja et elle jette cette poudre vers tous les gens qui se sont rassemblés. Puis elle retourne chez elle. Elle prend une petite calebasse avec de l’eau, retourne dans la réunion de chasse et s’assoit par terre. Quand, parmi les gens de l’assistance, quelqu’un a soif et demande de l’eau à boire – si on lui a apporté et qu’il a bu –, la femme lui dit : « S’il te reste un peu d’eau, donne-la moi, je veux boire aussi », puis elle présente sa petite calebasse qu’elle a apportée avec elle. Après ceci, la femme part à la maison avec le reste de cette eau. Chez elle, elle met le restant de la poudre dans cette eau et la garde à côté. Puis elle se couche et ne sort plus. Quand son mari est revenu de la veillée kédjeme, il ne couche pas sur la natte, mais devant le lit, par terre. Au chant du coq, la femme se lève doucement. Elle prend, avec la main droite, l’eau préparée la nuit avec la poudre et asperge avec elle trois fois son mari, sans qu’il le sache. Après, elle le réveille en disant : Hei, kîda (lève-toi). Puis elle donne cette calebasse avec l’eau à son mari, en lui disant d’arroser avec elle ses harpons de chasse. Quand le mari l’a fait, la femme est sûre qu’il ne sera pas blessé ni par les hommes, ni par les animaux sauvages. « Même si son mari ne gagnera pas la chose (le gibier), la chose ne gagnera pas son mari non plus. » (« La veillée kédjeme précédant la grande chasse »)
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Dans la région de Mopti, on prépare ce poison pour le harpon soni (…) avec les ingrédients suivants : on sèche au soleil l’écorce de l’arbre kén’e, on cherche une grenouille et on la fend en deux comme un poisson sec, par le ventre ; on coupe des têtes du serpent noir et du python, des scorpions tout entiers, des arêtes dorsales du poisson Eutropius niloticus, les mêmes arêtes de Synodontis, de Chrysichthys, « le mauvais os » de Gymnarchus niloticus, et on mélange le tout dans l’eau, dans un canari posé sur le feu. On met dedans les harpons soni (…). L’eau doit bouillir douze fois, en débordant douze fois le canari, puis on le descend. Aucune femme ne doit voir la cuisson. C’est pourquoi ceci se passe en brousse. Le chasseur, en préparant ce poison, est nu ; il enlève même son pantalon. Il n’y a personne à côté de lui, même pas son fils. Là où il va préparer le poison, les autres gens ne vont jamais. Il faut être chasseur pour aller à cet endroit. D’autres même, en préparant ce poison, attachent la bouche de la brousse (fuôno lâ hari). S’il y a un oiseau qui vole au-dessus du canari, il tombe mort par terre. Pour essayer l’efficacité du poison, le chasseur a amené un coq avec lui. Il lui enlève une seule plume, à n’importe quel endroit, et fait là une touche avec son harpon empoisonné : si le coq fait trois pas, son poison n’est pas au point. Si la cuisson est bonne, le coq fait un pas et tombe mort sur le second pas. (« La chasse à l’hippopotame »)
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Le port d’un bonnet de chasse rend le chasseur invisible invisible pour l’hippopotame ; il peut marcher droit sur l’animal sans que celui-ci ne s’aperçoive de sa présence. Il peut même aller jusqu’à le toucher de la main. Au fur et à mesure de l’approche du chasseur, l’hippopotame devient « flasque » et commence à chanceler comme s’il perdait l’équilibre, « tant il est troublé par le danger présent, qui pourtant lui reste invisible ». (« La chasse à l’hippopotame »)
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L’huile provenant des oreilles du lamantin est extraite à part et mise dans une petite gourde. Chaque fois que quelqu’un a mal aux oreilles, on lui fait couler une à trois gouttes dans le conduit auditif. L’oreille sera alors guérie très vite et la personne entendra de loin (par exemple, à Baïkâlâ, elle entendra ce que l’on dit à Sâre-Sêni, sur l’autre berge du Niger). Car le lamantin possède une ouïe très fine et tout le monde n’arrive même pas à repérer le conduit auditif du lamantin, tellement il est petit, et l’oreille elle-même est très fine. Même sans avoir mal à l’oreille, on fait couler l’huile de lamantin dans l’oreille pour entendre mieux. Alors, si quelqu’un parle mal de cette personne, même de très loin, elle l’entendra, ainsi que le lamantin peut entendre la pirogue sur une distance de cinq kilomètres. De même, si la personne se trouve dans une réunion et si deux ou trois autres personnes essayent de parler mal d’elle, tout en murmurant, l’application de l’huile de lamantin permet de saisir tout ce qu’elles disent. On administre cette huile même dans les oreilles de tout petits enfants qui ne savent pas parler, car elle permet à l’enfant de comprendre tout ce qu’on lui dit. (« La chasse au lamantin »)
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Chaque soir et chaque nuit, il y a des réjouissances avec des danses et tout le monde passe le temps ensemble, parce qu’à cause de trop nombreux moustiques dans cette région, les gens ne peuvent pas dormir en paix, car en dansant, on ne sent pas les moustiques. Même les filles qui ne connaissent pas de danses, si elles sont allées deux fois dans la cueillette solennelle à Dénilâ, elles les ont apprises, car les moustiques ne les laissent pas tranquilles. (« Le ramassage de graines de bourgou »)
Ziedonis Ligers, Les Sorko (Bozo). Maîtres du Niger, tome I

Lorsqu’un homme désire divorcer, il le signifie à sa femme par l’intermédiaire du frère de cette dernière en le chargeant de lui remettre un petit morceau de bois. Elle enlève alors tous ses bijoux et part immédiatement dans sa famille en laissant une cuiller, une calebasse et une natte.
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Les femmes et les petites filles, à partir de sept ans, ont les cheveux tressés et enduits de beurre. Suivant leur âge et leur condition de fillette, de jeune fille ou de femme mariée, le mode de coiffure diffère. Entre sept et douze ans, elles sont coiffées d’une dizaine de petites tresses longitudinales qui partent du sommet du crâne et rejoignent par devant une tresse transversale, liha, qui encadre le front : de chaque côté et par derrière, d’autres petites nattes, daha, tombent librement. À douze ans, le sommet du front est largement dégagé au rasoir ; trois grosses tresses, döbbö, partant du haut de la tête et rejetées en arrière, séparent en deux la coiffure faite d’une série de petites nattes. Une fois mariée, la femme supprime une des tresses médianes et n’en garde plus que deux qui prennent alors le nom de hiše.
Annie M.-D. Lebeuf, Les populations du Tchad (Nord du 10e parallèle)

Pour les Bambara, les choses existent par les signes. Ces signes sont venus se plaquer sur les choses et les ont appelées à leur conscience et à la conscience de l’homme.
Du noyau de la création sont sorties quatre catégories de signes : deux cent soixante-six en tout, qui représentent les signes complets du monde ; ils donnent la couleur, la forme, la matière aux choses. Par la suite ces 266 signes sont devenus les têtes de liste d’une infinité d’autres signes qui englobent toute la création.
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Les huit premiers jours qui suivent la naissance, la mère ne doit pas sortir ; elle doit se consacrer entièrement au nouveau-né. Quotidiennement elle lui masse le crâne pour lui donner une forme arrondie et lui pince le nez. L’allaitement a lieu pendant les deux premières années, puis l’enfant sevré passe directement à la calebasse commune. Jusqu’à ce qu’il sache marcher sa mère le porte à califourchon sur son dos en le retenant à l’aide d’un pagne noué sur sa poitrine. C’est ainsi que l’enfant suit sa mère dans tous ses déplacements, au travail comme à la danse. C’est pendant ces contacts intimes que la mère apprend à parler à son enfant. Plus tard, la petite fille demeure auprès de sa mère qui lui enseignera tous les travaux domestiques, tandis que les garçons seront éduqués aux travaux extérieurs. Pendant l’enfance on leur enseigne tous les usages et les règles de maintien : une femme sait qu’elle ne doit jamais serrer la main à un homme pour le saluer et s’il lui tend la sienne elle rejettera son bras ne l’air « en signe de désintéressement ». Un homme saluera son supérieur en tendant la main, la paume tournée vers le haut et le supérieur mettra la sienne dessus ; inversement, lorsqu’il salue un inférieur il tend la main la paume tournée vers le bas tandis que pour un égal sa main sera perpendiculaire au sol. S’il doit demander pardon il mettra ses mains derrière le dos pour simuler la queue d’un animal (car il a agi comme une bête). Croiser les mains devant ou sur la tête est un signe de tristesse. Pour marquer sa soumission à un roi on met le coude droit à terre ; pour prier Dieu on tend les deux mains, les paumes tournées vers le dehors. Une femme apprend qu’il est effronté d’interpeller son mari pendant la journée et en parlant de lui, elle dira koke, c’est-à-dire grand frère, car elle ne peut pas prononcer son nom ni rappeler en rien les liens qui existent entre eux. Ce n’est que pendant les deux nuits consécutives où elle s’unit à lui qu’elle peut lui parler librement. Lorsqu’arrive le jour de l’union, la femme prépare elle-même la nourriture de son mari ; puis elle s’étend sur le côté gauche (celui de la féminité), son mari sur le côté droit et elle ne peut être fécondée que par une union répétée deux fois.
Viviana Paques, Les Bambara

Le culte consiste essentiellement en danses de possession. Au son de la musique rituelle, au rythme des phrases des devises, les « chevaux de génies » dansent inlassablement. Le prêtre zima a ouvert la danse et exhorte les danseurs fatigués à ne pas s’arrêter. Au bout de quelques heures, l’un des danseurs donne des signes de crise : le Zima (et les Kumbaw et Soko s’ils sont présents) s’approche des danseurs, récite les devises du dieu qui se manifeste ainsi. Le danseur s’arrête, hurle, tape sur le sol en tremblant. Après quelques convulsions, il se calme. Les femmes tranquilles le maîtrisent, le déshabillent et le revêtent du costume du génie ; ce n’est plus un homme, c’est un dieu qui habite ce corps, qui parle par cette bouche… D’autres génies suivent le premier venu. Ils s’asseyent sur des nattes ou des mortiers retournés : le Zima ou les autres prêtres les interrogent. Pendant une demi-heure, les hommes et leurs dieux parlent directement, réglant les grandes affaires du villages. Des cadeaux sont donnés aux génies qui les répartissent entre les agents du culte, puis la voix du génie se fait de plus en plus hachée et lointaine ; le corps est secoué de frissons violents, il tombe soudain inanimé sur le sol.
Jean Rouch, Les Songhay

Il est fadi de laver du linge rouge à la rivière : cela attire les crocodiles.
Il est fadi pour une jeune fille de voyager avec son frère ou son père sans porter en bandoulière un lien de jonc, en signe de parenté.
Pendant un orage, il est fadi d’appeler quelqu’un par son nom, ou de regarder quelqu’un qui se trouve derrière soi, car cela attire la foudre.
Hubert Deschamps et Suzanne Vianès, Les Malgaches du Sud-Est