Anselm les rejoignit à Passau. Il était de nouveau sur le quai, jeune et dispos. Il semblait ne pas vieillir. Et pourtant, il n'avait pas la vie facile, surtout avec lui-même. Il s'occupait de la maison, se qualifiait lui-même de cuisinier familial et parlait de ses enfants qui lui disaient : « Toi, tu es quoi ? Tu n'es rien. Tu n'es arrivé à rien. » Sa femme dirigeait un service au ministère de l'agriculture et envisageait d'embrasser une carrière politique, car elle était également capable de prononcer des discours. Le soir, elle se consacrait à ses enfants et souhaitait que son mari tînt sa place dans le cercle familial, ce qu'il faisait volontiers, car sa famille devait le protéger, lui qui était comme l'écrivain Eugen devant les injustices de la vie, parmi les gens. Quand les enfants étaient partis pour l'école après le petit-déjeuner, il s'asseyait à sa table de travail dans sa mansarde au-dessus du vieux Munich et, en trois ou quatre heures, faisait du bon travail. Il préparait ensuite le déjeuner pour lequel il avait fait les courses la veille ; puis ses enfants, ouvrant brutalement les portes et réglant la radio à son maximum de puissance, peuplaient la maison, parfois avec des camarades de classe, ou bien, quand ils avaient des devoirs à faire, ils entraient dans son bureau prendre des livres sur une étagère. « Ils ne pensent même pas à frapper », disait-il, ajoutant qu'ils laissaient la plupart du temps la porte ouverte en partant.
Hermann Lenz, Le promeneur (trad. Michel-François Demet)

Le dimanche, Wasik alla à vélo chez Kemmler. Les environs sous la canicule et les lointains étaient silencieux. Il allait vite sur sa bicyclette et parfois une mouche lui cognait la joue.
Hermann Lenz, Les yeux d'un serviteur (trad. Michel-François Demet)