Les jours les jours inclinaient vers le soiret le matin était comme circoncisil manquait alors que le jour commençait.Aussitôt aussitôt le soleil se mit à brillersoulevant les plantes vers les lieux subterrestresouvrant les coupelles des fleurset obligeant l'eau des fleuves à s'évaporer vers les lieux subterrestresL'homme tantôt dormait en rêvanttantôt se précipitait en bonnet de feutre poiluvendre son bienfaire autre choseou simplement pêcher en répétant : mords mords sœur bleueLe jour devenait bonsoudain sur la Neva le canon tonna marquant midide manière si terriblement inattendueque sur le pont deux bûcherons sursautèrent et heurtèrent la pierre de leurs lourdes bottes.Ces jours-là le diable se promenait dans les rues sous l'aspect d'un horloger proposant ses services*Chère Claudia Vassilièvna,
Je viens juste de recevoir votre lettre où vous dites que cela fait trois semaines que vous n’avez pas reçu de lettres de moi. J’ai effectivement été toutes ces trois semaines dans un état si bizarre que je n’ai pu vous écrire. J’ai honte que vous m’en ayez parlé la première.
Votre amie est venue me voir de manière si touchante et m’a donné un coq.
« C’est de la part de Claudia Vassilièvna », a-t-elle dit. Je suis resté longtemps tout heureux à contempler cette volaille.
Puis j’ai vu Alexandre Ossipovitch Margoulis. Il a écrit un long poème qui vous est dédié. Il a également inventé un jeu très particulier avec des allumettes. Gagne qui le premier réussit à composer avec les allumettes les mots : « Claudia Vassilièvna ». Nous avons, lui et moi, joué à ce jeu passionnant et il a perdu. (…)
Chère Claudia Vassilièvna, je rêve souvent de vous. Vous courez dans la chambre, une clochette d’argent dans les mains, et ne cessez de demander : « Où est l’argent ? Où est l’argent ? » Moi, je fume la pipe et je vous réponds : « Dans le coffre. Dans le coffre. »
Daniil Harms, Œuvres en prose et en vers (tr. Yvan Mignot)