Un malade « extraverti » ou « psychopathe » est quelqu'un dont on est sûr qu'il transgressera les limites de la politesse : il pose des questions embarrassantes aux autres pensionnaires et au personnel, envoie des compliments à tort et à travers, ou bien se livre à des gestes d'amitié, étreintes ou embrassades, tout à fait inconvenants. Ainsi, dans le  Service B, les membres du personnel masculin étaient harcelés de remarques telles que : « Pourquoi est-ce que vous vous êtes coupé comme ça en vous rasant ? », « Pourquoi est-ce que vous portez toujours le même pantalon ? J'en ai assez de le voir », « Regardez, toutes ces pellicules que vous avez ! » Assis à côté d'un pensionnaire, le docteur ou le surveillant étaient dans certains cas obligés de s'écarter de lui sans cesse, afin de conserver une distance décente.
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Les pensionnaires du service A avaient des sentiments mêlés à propos de certains médecins, mais chacun avait ses favoris. Quand l'un de ceux-ci venait à passer, à l'heure du repas par exemple, il se faisait un échange de salutations, mais sans plus. Personne ne se serait permis de le pourchasser, de l'importuner, ni, en général, d'empiéter sur son droit à rester à l'écart. Dans le Service B, au contraire, l'arrivée d'un médecin était très souvent un signal pour certains malades, qui se précipitaient sur lui, lui agrippaient la main ou l'enlaçaient d'un bras, puis l'accompagnaient le long du couloir en lui imposant d'affectueuses plaisanteries. Et bien souvent, lorsqu'un médecin s'était retiré dans un bureau, un malade restait là à taper sur la porte et à regarder à travers la vitre.
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Dans le service B, la mauvaise tenue (selon les critères des classes moyennes) était une chose tout à fait commune. Le comportement à table le montrait bien. Il était fréquent qu'un malade se jetât sur un supplément de nourriture, ou que, du moins, il couvrit un morceau de regards de convoitise. Même quand les parts pouvaient être égales, l'avidité transparaissait dans la conduite : chacun prenait toute sa part tout de suite, au lieu d'attendre un peu pour se resservir. À l'occasion, l'un ou l'autre malade venait à table à demi vêtu. L'un d'entre eux laissait fréquemment échapper des rots sonores, et parfois des vents. Il arrivait que quelqu'un mangeât salement. Les grossièretés et les jurons étaient courants. Parfois, un malade écartait brusquement sa chaise et se ruait dans une autre pièce, puis revenait à table avec la même brutalité. Certains faisaient du bruit en aspirant à travers une paille plantée dans une bouteille vide.
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Il arrive que l'un des participants à une conversation se mette à se soucier plus qu'il ne convient de la façon dont l'interaction, en tant qu'interaction, se déroule, au lieu de se plonger spontanément dans ce qui se dit.

Erving Goffman, Les rites d'interaction (tr. Alain Kihm)