« Les djinns sont partout, pas seulement dans la nature. Il y en a beaucoup à Tachkent comme à Paris, mais les gens ne s'en rendent pas compte. Vous ne les voyez pas, mais ils vivent à côté de nous, sous les ponts, dans les endroits sales (iflâs), là ou l'on jette les cendres, dans les décharges (xâkestar), dans le fumier (gomba), il y en a partout… Pendant la journée il se promènent peu car ils vivent plus la nuit : à partir de vingt heures, après la prière du soir, ils entrent en activité. Vers quatre heures du matin, quand le mollâ appelle à la prière et que les fidèles se lèvent, afin que personne ne les surprenne, ils disparaissent tous sous les ponts, dans les ordures, dans les ravins, dans les cagibis… »« Durant l'hiver et l'été, ils se promènent moins et sont moins nuisibles. Au printemps, quand les plantes poussent et que les fleurs éclosent, les djinns deviennent plus nombreux. Ils se promènent en famille pour regarder. À l'automne aussi, quand les feuilles jaunissent et tombent, ils sont nombreux et investissent (miseporand) davantage les humains. Il y a alors plus de maladies. (…) »« Les pari se promènent en volant, et pour se reposer, s'assoient par terre. Les djinns peuvent se déplacer très vite, par exemple d'ici à Paris en quelques minutes, et ils peuvent emporter quelqu'un avec eux dans le monde caché. »« Sous ma maison il y a une cave, et quand ma femme y entre, à chaque fois, ils l'embrassent sans qu'elle s'en rende compte, car elle ne voit pas ces choses. Quand elle dort aussi, ils s'amusent avec elle en la pinçant jusqu'à ce qu'elle ait des bleus. Elle me les montre le lendemain, mais elle ne sent rien. Ils l'attrapent et s'amusent avec elle. »« Une nuit je marchais près du pont et j'ai vu les djinns : ils étaient innombrables, deux ou trois mille, ils avaient fait un feu et dansaient et sautillaient autour. L'un d'eux a fait semblant d'être mort et ils ont fait un simulacre de funérailles, avec suppliques, etc. Une partie d'entre eux pleurait le défunt, une partie s'amusait, une autre faisait autre chose. »Jean During et Sultonali Khudoberdiev, La voix du chamane