Ils sont très adonnés au vin. (…) Ils ont la coutume de discuter en état d'ivresse les affaires les plus importantes. Ce qu'ils ont trouvé bon dans leur discussion leur est soumis le lendemain, alors qu'ils sont à jeun, par le maître de la maison où ils se trouvent pour discuter ; s'ils le trouvent bon aussi étant à jeun, ils s'y tiennent ; s'ils ne le trouvent pas bon, ils y renoncent ; et, s'ils ont discuté une première fois à jeun, ils décident de nouveau sur l'affaire étant ivres.
Quand ils se rencontrent sur les chemins, on peut reconnaître à ce signe si ceux qui s'abordent sont du même rang : au lieu de se saluer par des paroles, ils se baisent à la bouche. L'un des deux est-il de condition légèrement inférieure, ils se baisent sur les joues. Si l'un est d'une naissance beaucoup plus basse, il se jette à genoux et se prosterne devant l'autre.
Ils estiment entre tous, après eux-mêmes, les peuples qui habitent le plus près d'eux ; en seconde ligne, ceux qui sont au second degré d'éloignement ; puis, graduellement, ils mesurent leur estime en proportion de la distance, et font le moins de cas de ceux qui habitent le plus loin d'eux ; leur pensée est qu'ils sont eux-mêmes de beaucoup les meilleurs des hommes sous tout rapport, que les autres tiennent à la vertu dans la proportion que nous disons, et que les plus éloignés d'eux sont les pires.
Hérodote, Histoires, I (tr. Ph.-E. Legrand)

Au cours des réunions chez les riches Égyptiens, après que le repas est terminé, un homme porte à la ronde une figurine de bois dans un cercueil, peinte et sculptée à l'imitation très exacte d'un mort, mesurant en tout environ une coudée ou deux ; il montre cette figure à chacun des convives en lui disant : « Regarde celui-là, et puis bois et prends du plaisir ; car, une fois mort, tu seras comme lui. » Voilà ce qu'ils font, pendant qu'ils sont réunis pour boire.
Hérodote, Histoires, II (tr. Ph.-E. Legrand)