Cadix, d’abord, si tu veux, le premier flash, tu ouvres la porte, tu as un couloir qui fait quinze mètres de long sur deux et demi de large, tu vois, alors tu as ce couloir qui est sans fenêtre, que dalle, c’est souterrain, tu as une ampoule au plafond qui pend et qui éclaire le milieu, le fond du couloir c’est tout noir, l’entrée, pareil. Sur un côté, tu as toute une rangée de plumards superposés, comme un train, tu vois, ça fait comme ça, des wagons qui se suivent, et de l’autre côté, tu as des tables de nuit, et entre, tu as un passage où une fille peut passer mais pas deux, tu vois. Alors bon, voilà déjà le décor de l’endroit, tu vois, les murs verdâtres, tout souterrain, avec une odeur qui pue, naturellement, c’est pas aéré, tu vois, c’est souterrain. Bon alors, ça c’est le décor. Alors, tu rentres là-dedans, tu vois, et tu vois une quinzaine de filles, complètement folles, complètement hystériques, tu vois, qui sont là, enfin, je sais pas, et alors, on rentre là-dedans, tu vois, et alors, voilà ce qu’on voit. Un endroit où y’a pas d’air, y’a pas de soleil, y’a pas de jour, y’a pas de nuit non plus parce que la nuit on éteint seulement la lumière, tu vois ? Et il faut qu’on passe X mois là-dedans, tu vois ? Bon, alors ça, c’est Cadix, c’est la prison de Cadix. Tu rentres là-dedans, et il faut que tu te démerdes, si tu veux pas devenir fou, tu dois trouver la solution pour survivre là-dedans, tu vois. Alors bon, naturellement, le premier jour, c’est évident que tu trouves pas la solution parce que c’est tellement laid, bon, tu vois, tu fais que assumer le fait de penser que tu vas vivre vraiment là-dedans, alors que t’as que dalle, enfin je veux dire, c’est un endroit qui est pas fait pour les humains, c’est même pas fait pour des cucarachas, tu vois. Et alors après, il faut gagner son territoire, là-dedans, tu vois, enfin nous, c’est comme ça qu’on l’a vécu. (…) Donc on a grignoté un petit coin au fond du couloir, on s’est installé une couverture par terre, on a découpé dans des journaux plein de photos, des photos d’arbres, des couchers de soleil, des photos de la mer, des animaux, et on a collé ça sur les murs, tu vois. Et on bougeait plus, on était là, on mangeait assises sur nos lits parce que y’a avait pas de place de toute manière pour bouffer ailleurs, tu vois, tout le monde bouffait sur le rebord de son lit, et du matin jusqu’au soir, donc, on végétait dans cette ambiance-là.