Le souvenir de Jacqueline a surgi des flaques de pluie et des lumières qui brillaient pour rien aux fenêtres des immeubles. J'ignore si elle est encore vivante quelque part.
Patrick Modiano, Fleurs de ruine
Le souvenir de Jacqueline a surgi des flaques de pluie et des lumières qui brillaient pour rien aux fenêtres des immeubles. J'ignore si elle est encore vivante quelque part.
La sensation de vide m’a envahi, encore plus violente que d’habitude. Elle m’était familière. Elle me prenait, comme à d’autres des crises de paludisme. Cela avait commencé à Paris, lorsque j’avais environ trente ans. Les dimanches d’été, en fin d’après-midi, à l’heure où l’on entend le bruissement des arbres, il y avait une telle absence dans l’air… De tout ce que j’ai pu éprouver au cours des années où j’écrivais mes livres à Paris, cette impression d’absence et de vide est la plus forte. Elle est comme un halo de lumière blanche qui m’empêche de distinguer les autres détails de ma vie de cette époque-là et qui brouille mes souvenirs. Aujourd’hui, je sais la manière de surmonter ce vertige. Il faut que je me répète doucement à moi-même mon nouveau nom : Jimmy Sarano, ma date et mon lieu de naissance, mon emploi du temps, le nom de mes collègues de Radio-Mundial que je rencontrerai le jour même, le résumé du chapitre des Aventures de Louis XVII que j’écrirai, mon adresse, 33, Mercedes Terrace, bref que je m’agrippe à tous ces points de repère pour ne pas me laisser aspirer par ce que je ne peux nommer autrement que : le vide.
Pour ne pas trop souffrir de la faim, ils dormaient et restaient allongés le plus longtemps possible. Ils perdaient la notion du temps, et, si Brossier n'était pas revenu, ils n'auraient plus jamais quitté cette chambre, ni ce lit où ils écoutaient de la musique en se laissant dériver peu à peu. La dernière image du monde extérieur, c'étaient les flocons de neige qui tombaient toute la journée dans l'encadrement de la fenêtre.