Et pourtant, même pour des objets bien visibles (…),
si tu ne tends pas ton esprit, alors tout se passe chaque fois
comme si l'objet était en retrait et très lointain.
*
Je dis donc que des images, des figures ténues
sont émises par les choses à partir de leur surface,
quasiment des membranes ou de l'écorce, comme on doit les
nommer,
parce que l'image conserve l'aspect et la forme de l'objet, quel
qu'il soit
dont elle est issue avant de voyager dans l'espace.
Lucrèce, La Nature des choses, IV, 811 + 46 (tr. Jackie Pigeaud)

À ce propos voici une chose que je désire aussi te faire connaître :
quand les corps premiers sont emportés de haut en bas, tout droit à
travers le vide,
par leur propre poids, à un moment déterminé,
en des lieux indéterminés, ils abandonnent un peu la ligne droite ;
juste assez pour que tu puisses parler de mouvement modifié.
S'ils ne déclinaient pas, tous, de haut en bas,
comme les gouttes de la pluie, tomberaient à travers la profondeur du
vide ;
il n'y aurait pas eu de collision ; aucun choc ne se fût produit
entre les éléments premiers ; ainsi la nature n'eût jamais rien créé.

Lucrèce, La Nature des choses, II, 216 (tr. Jackie Pigeaud)