Ce matin je suis sorti bien tôt,
Pour m'être réveillé encore plus tôt
Sans avoir la moindre envie de faire quoi que ce soit…

Je ne savais quel chemin prendre
Mais le vent soufflait fort, il balayait dans un seul sens,
Et j'ai suivi le chemin vers où le vent me soufflait dans le dos.

Telle a toujours été ma vie, et telle je désire qu'elle soit toujours –
Je vais où le vent m'emporte et je ne me sens pas penser.

Alberto Caiero, Poèmes non assemblés
(tr. Maria Antónia Câmara Manuel, Michel Chandeigne et Patrick Quillier)

Je rentre et je ferme la fenêtre.
On m'apporte la lampe et on me souhaite bonne nuit,
Et d'une voix joyeuse je réponds bonne nuit.
Si seulement ma vie pouvait être toujours comme ça :
Le jour plein de soleil ou lavé par la pluie,
Ou tumultueux comme si le monde finissait ici,
Un soir calme et des groupes qui passent
Que j'observe avec intérêt de ma fenêtre,
L'ultime regard ami posé sur la paix des arbres,
Et enfin, la fenêtre refermée, la lampe allumée,
Sans rien lire, sans penser à rien, sans dormir,
Sentir la vie couler en moi comme un fleuve dans son lit.
Là-bas, dehors, un grand silence comme un dieu qui dort.
Alberto Caeiro, Le gardeur de troupeaux
(tr. Jean-Louis Giovannoni, Rémy Hourcade, Fabienne Vallin)