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Je considere qu'il y a vne infinité de divers mouvemens, qui durent perpetuellement dans le Monde. Et aprés avoir remarqué les plus grands, qui font les jours, les mois & les années, je prens garde que les vapeurs de la Terre ne cessent point de monter vers les nuées & d'en descendre, que l'air est toujours agité par les vents, que la mer n'est jamais en repos, que les fontaines & les rivieres coulent sans cesse, que les plus fermes bâtimens tombent enfin en decadence, que les plantes & les animaux ne font que croître ou se corrompre, bref qu'il n'y a rien, en aucun lieu, qui ne se change.
René Descartes, Le Monde ou Traité de la lumière (éd. Günter Matthias Tripp)
Ainsi par exemple, si nous voyons quelque animal venir vers nous, la lumiere refleschie de son corps en peint deux images, une en chacun de nos yeux ; & ces deux images en forment deux autres, par l'entremise des nerfs optiques, dans la superficie interieure du cerveau, qui regarde ses concavitez ; puis de là, par l'entremise des esprits dont ces cavitez sont remplies, ces images rayonnent en telle sorte vers la petite glande que ces esprits environnent, que le mouvement qui compose chaque point de l'une des images, tend vers le mesme point de la glande, vers lequel tend le mouvement, qui forme le point de l'autre image, lequel représente la mesme partie de cet animal ; au moyen de quoy les deux images qui sont dans le cerveau n'en composent qu'une seule sur la glande, qui agissant immediatement contre l'ame, luy fait voir la figure de cet animal.
René Descartes, Les Passions de l'âme, Article XXXV (« Exemple de la façon que les impressions des objets s'unissent en la glande qui est au milieu du cerveau. »)
Je penserai que le ciel, l’air, la terre, les couleurs, les figures, les sons et toutes les choses extérieures que nous voyons, ne sont que des illusions et tromperies (…). Je me considérerai moi-même comme n’ayant point de mains, point d’yeux, point de chair, point de sang, comme n’ayant aucuns sens, mais croyant faussement avoir toutes ces choses. Je demeurerai obstinément attaché à cette pensée (…).
Il faut diriger toute la pénétration de notre esprit sur ce qui est le moins important et le plus facile, et nous y arrêter assez longtemps, jusqu’à ce que nous ayons pris l’habitude de voir la vérité par intuition d’une manière distincte et nette.
Les principales propriétés de la lumière sont : 1. qu’elle s’étend en rond de tous côtés autour des corps qu’on nomme lumineux. 2. Et à toute sorte de distance. 3. Et en un instant. 4. Et pour l’ordinaire en lignes droites, qui doivent être prises pour les rayons de la lumière. 5. Et que plusieurs de ces rayons, venant de divers points, peuvent s'assembler en un même point. 6. Ou venant d'un même point peuvent s'aller rendre en divers points. 7. Ou, venant de divers points et allant vers divers points, peuvent passer par un même point, sans s'empêcher les uns les autres. 8. Et qu'ils peuvent aussi quelquefois s'empêcher les uns les autres, à savoir quand leur force est fort inégale, et que celle des uns est beaucoup plus grande que celle des autres. 9. Et enfin qu'ils peuvent être détournés par réflexion. 10. Ou par réfraction. 11. Et que leur force peut être augmentée. 12. Ou diminuée, par les diverses dispositions ou qualités de la matière qui les reçoit.