J’entends le cri craquetant d’une pie. De plusieurs pies, dehors. Et dedans le son continu du chauffage. Un son qui reste tout l’hiver et qui remplit le silence. Je ne sais pas d’où vient ce son. Dehors les pies se sont tues. J’entends une voiture sur la route de Soulce. Je regarde dehors et je me demande ce qui fait cet attrait. Il y a beaucoup à voir mais presque rien ne bouge. L’ombre bleue de la montagne reste là sur le champ recouvert de neige, au fond du jardin, le grand sapin reste là et d’autres arbres dont j’ignore le nom restent là, dans le froid, il n’y a pas de vent. La pie s’est posée. Je vois du blanc et du noir à travers les branches. Le poitrail de l’oiseau brille au soleil. Elle s’envole et je ne la vois plus. Au-dessus du champ, hors de l’ombre, deux corneilles se poursuivent. La cloche de l’église sonne trois coups. Un tout petit oiseau (un moineau ?) sautille sur une branche. Est-ce que les oiseaux regardent le paysage ? Et pourquoi moi je le fais ? Et pourquoi je le fais tout en écrivant ? Ou est-ce que je le fais justement pour écrire ? Pourquoi dire ce que je vois ? Est-ce que je le vois mieux quand je l’écris ? Écrire donne corps à ce qui se déroule dedans pendant que je regarde dehors. Et sur ma page, la pie rejoint la cloche et mes questions.
Isabelle Sbrissa, « Dehors », Ici là voir ailleurs