Mollendo. Ville gaie et pittoresque, située dans une vaste baie tranquille. Ici, il en va tout autrement.À Mollendo, tout est rond, cotonneux et couleur café. De plus, tout est si doux et si moelleux que les habitants se couchent n'importe où, là où le sommeil les surprend, sur une branche, sur un rocher, sur la cheminée d'une maison, sur les vagues de la mer, comme je l'ai dit, n'importe où. Et ils sommeillent.Ensuite ils vont manger. Ils ne mangent que des petits pains ronds qui ont un goût de terre. Après, ils se rincent les mains dans la mer ; comme l'eau est brunâtre et que les miettes de pain qui leur restent collées aux doigts sont aussi brunâtres avec tous ces rinçages de tous ces habitants, Mollendo devient de plus en plus brunâtre. S'ajoute à cela le vent terreux qui souffle ici toutes les nuits et le léchage paresseux des vagues qui arrondissent progressivement Mollendo.Le capitaine m'a dit que d'ici quelques années, il n'y aurait plus à cet endroit qu'une boule ronde cotonneuse couleur café au lait.
Jean Emar, Un an (tr. Béatrice de Chavagnac)