Il y a une chose, docteur, à laquelle je dois veiller si je ne veux pas attirer l’attention de ma femme, c’est de ne point me tromper dans la succession des jours. Il m’arrive de m’y perdre et de me croire dimanche alors qu’on est déjà lundi.Je passe une grande partie de mon temps dans la forêt de chênes rouvres. Ce qui équivaut pour moi à rester dans ma chambre car je n’y croise aucun humain et rien ne m’y moleste. Je m’habitue aux bruits de la forêt. Ils ne m’inspirent plus de peur. Plus le temps passe, plus la peur, du reste, s’éloigne de moi. De temps en temps, je pousse un cri sans intention particulière. Nulle bête ne s’en émeut.
Lydie Salvayre, La puissance des mouches