Dans l'état des créatures vivantes, l'identité ne dépend pas de la masse de certains corpuscules, mais de quelque chose d’autre. Dans leur cas en effet la variation de parties même grandes de matière ne change pas d’identité : un chêne qui croît d’une petite pousse jusqu’à un grand arbre, puis qu’on taille, est toujours le même chêne. Et un poulain qui devient un cheval, qui tantôt engraisse et tantôt maigrit, n’en demeure pas moins le même cheval, bien que dans les deux cas il puisse y avoir une transformation manifeste dans les parties qui les constituent ; en sorte qu’en vérité aucun des deux n’est plus la même masse de matière, bien que l’un soit vraiment le même chêne, et l’autre vraiment le même cheval. Dont la raison est que, dans le cas d’une masse de matière et dans le cas d’un corps vivant, la notion d’identité ne s’applique pas à la même chose.
John Locke, Identité et différence (tr. Étienne Balibar)

L'habitude de faire des choses engendre la facilité de les faire, si bien que souvent elles se produisent sans qu'on les remarque. Les habitudes, notamment celles qui ont commencé très tôt, en viennent à la fin à produire des actions qui échappent souvent à l'observation. Combien de fois dans une journée ferme-t-on les paupières, sans percevoir que l'on est complètement dans le noir ?
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Car, je pense, l'entendement n'est pas très différent d'une pièce totalement fermée à la lumière, dotée seulement de quelques petites ouvertures destinées à l’entrée de simulacres extérieurs visibles, ou idées des choses d’en dehors. Il suffirait que les images entrent dans cette chambre noire et y demeurent rangées de manière à y être découvertes à l’occasion, pour que l’on ait une très bonne figure de l’entendement humain et de tous les objets de la vue avec leurs idées.
John Locke, Essai sur l'entendement humain, II, 9, §10 + II, 11, §17 (tr. J.-M. Vienne)