Kamara est le titre du chasseur qui a réussi à tuer un des animaux suivants, par ordre d’importance : éléphant ou buffle, lion, panthère, hippopotame, certaine antilope, hyène, certain rapace, etc.
L’animal est enterré avec un cérémonial qui rappelle celui de l’enterrement humain : on l’interroge pour savoir pourquoi lui, si puissant, s’est laissé tuer par le chasseur. Le chef de village prépare plusieurs tonneaux de bières de mil. Quand celle-ci est « mûre », les chasseurs et, en particulier, les kamara, viennent danser et boire. Un sacrifice a lieu. Depuis le jour où il a tué l’animal qui lui vaut le titre de kamara, le chasseur ne s’est pas lavé et est resté seul (pour se promener, pour manger, dormir, etc.). Les hommes dansent, mimant la chasse, la bête et le chasseur.
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Avant de procéder à l’enterrement proprement dit, on interroge le mort sur les causes de son décès : toute mort est anormale et doit donc être expliquée.
Quatre hommes chargent sur leurs épaules la civière de bambous à laquelle le cadavre est attaché par des bandes de coton. Un vieillard apparenté au défunt, debout devant la civière, pose un certain nombre de questions dont la réponse est oui ou non : le mort répond en faisant avancer ou reculer les porteurs de la civière. Le dialogue qui s’engage peut être dramatique, comme par exemple celui-ci :
– « Qui t’a tué ? Nous tes parents ? Dans ce cas avance, sinon recule. »
La civière recule : la réponse est négative.
– « Est-ce une maladie qui t’a tué ? »
La civière avance : oui.
– « Qui ? »
La civière va cogner l’un des assistants.
– « Pourquoi ? »
La civière ne bouge pas : on ne peut répondre à cette question par oui ou par non.
– « Parce que tu lui avais donné un ordre qui ne lui plaisait pas ? »
La civière recule : non.
– « Parce que tu as empoisonné son fils ou son frère ? »
Le cadavre avance : oui.
L’accusé prend alors la place du vieillard et interroge à son tour : « Alors tu dis au village que c’est moi qui t’ai tué ? »
Le cadavre avance : oui.
– « Bon. »
L’accusé ne peut se défendre. Il est un parent du décédé que le vieillard n’aimait pas. Tous l’injurient. Enfin, il reprend : « Si c’est moi qui t’ai tué, va te reposer dans ta tombe. »
Les porteurs font alors faire au cadavre le tour de la famille pour qu’on lui dise au revoir. Les femmes pleurent.
Monique de Lestrange, Les Coniagui et les Bassari