Je suis quelqu'un qui n'est jamais à l'heure pour les repas, les rendez-vous, le cinéma, le théâtre, les avions c'est de justesse, toujours. Je me méfie tellement de moi maintenant que j'arrive une heure en avance au théâtre. Je vois d'autres gens arriver en courant de crainte d'être en retard, j'en suis enchantée. Je suis toujours arrivée à la plage lorsque les gens en partaient. Je n'ai jamais bruni à la plage parce que j'ai horreur des bains de soleil, du sable sur la peau, dans les cheveux. J'ai bruni au volant de mon auto ou en me promenant en Espagne ou en Italie.
Néanmoins et durant une grande partie de mon existence, j'ai eu le désir ardent d'arriver à prendre des bains de soleil. Ça a duré. J'élaborais des systèmes pour faire tout ce que les autres faisaient. C'est comme ça que j'étais en retard partout, j'en étais désolée. Je faisais ça, comme les autres, j'allais sur la plage, mais le soir. Je faisais les choses à moitié, pour les avoir faites, et ça ne marchait pas. Je regrette beaucoup d'avoir été ainsi, réglementaire mais jamais contente. Je me suis toujours retrouvée à la fin des étés comme une ahurie qui ne comprend pas ce qui s'est passé mais qui comprend que c'est trop tard pour le vivre. Il y a une chose que je sais faire, c’est regarder la mer, peu de gens ont écrit sur la mer comme je l’ai fait dans L’Été 80. Voilà, c’est ça : la mer dans L’Été 80, c’est ce que je n’ai pas vécu. C’est ce qui m’est arrivé et que je n’ai pas vécu, c’est ce que j’ai mis dans un livre parce que ça ne m’aurait pas été possible de le vivre. Toujours ce passage du temps dans toute ma vie. Dans toute l’étendue de ma vie.