La théorie selon laquelle les transports des astres feraient naître une harmonie, du fait que leurs sons produiraient un accord, a, certes, été présentée par ses auteurs avec beaucoup d'élégance et d'une manière tout à fait remarquable (…). Selon certains savants, des corps si volumineux devraient nécessairement produire un son par leur déplacement, puisque les corps d'ici-bas en produisent également, bien que leurs masses ne soient pas égales à celles des astres, et que la vitesse de leur transport ne soit pas aussi grande. Puisque le soleil, la lune, et avec eux les astres, dont le nombre et la grandeur sont si considérables, accomplissent, à une telle vitesse, un pareil parcours, il est impossible qu'il n'en naisse pas un son d'une force extraordinaire. Partant de là, et posant aussi qu'en raison des distances, les vitesses ont entre elles les mêmes rapports que les notes d'un accord musical, ils disent qu'est harmonieux le chant produit par les transports circulaires des astres. Et comme il paraît inexplicable en bonne logique que nous n'entendions pas ce chant, ils en donnent pour cause le fait que, dès notre venue au monde, ce son nous est présent ; il ne peut donc être mis en évidence par contraste avec un silence qui s'y opposerait, car la perception du son et celle du silence sont corrélatives. Ils concluent qu'à l'instar des forgerons, qui paraissent indifférents au bruit par suite de leur accoutumance, les hommes sont, eux aussi, devenus insensibles, pour des raisons identiques.
Aristote, Du ciel (tr. Paul Moraux)

La cause matérielle de l'existence des êtres engendrés est ainsi la faculté d'être et de ne pas être. Car parmi les êtres, les uns existent de toute nécessité, tels les êtres éternels, alors que d'autres ne sauraient exister, de toute nécessité. Pour les uns il est impossible qu'ils ne soient pas, pour les autres il est impossible qu'ils soient, parce qu'ils ne sauraient exister contre la nécessité. Mais certaines choses peuvent à la fois être et ne pas être, toutes celles précisément qui sont sujettes à la génération et à la destruction ; car ces choses existent tantôt, et tantôt elles n'existent pas.
Aristote, De la génération et de la corruption (tr. Charles Mugler)

Tous les animaux qui changent de lieu se déplacent par un mouvement qui affecte tantôt tout le corps d'un seul coup, comme dans le saut, tantôt des parties du corps, comme chaque fois qu'il y a marche. Mais dans ces deux modes de déplacement, l'être qui se meut change de lieu en s'appuyant toujours sur le support qui est au-dessous de lui. Voilà pourquoi, si ce support disparaît trop tôt pour que l'être dont le mouvement dépend de lui ait pu y prendre appui, ou si cette base n'offre absolument aucune résistance aux êtres qui ont à se mouvoir, aucun de ceux-ci ne peut se mettre en mouvement.
Aristote, Marche des animaux (tr. Pierre Louis)

Que donc le lieu existe, cela semble clair d'après la substitution réciproque : là où maintenant il y a de l'eau, quand elle s'est retirée comme d'un vase, à son tour c'est de l'air qui s'y trouve, et lorsqu'un autre corps occupe ce même lieu, celui-ci semble être différent de toutes les choses qui s'y introduisent et qui changent, car là où il y a maintenant de l'air, avant il y avait de l'eau, de sorte qu'il y a un lieu et une région vers laquelle et de laquelle il y avait changement, qui sont clairement quelque chose de différent des deux corps. De plus, les transports des corps physiques simples, comme le feu, la terre, et les choses de cette sorte, montrent non seulement que le lieu est quelque chose, mais aussi qu'il a une certaine puissance. En effet, si rien n'y fait obstacle, chacun se porte vers son lieu propre, l'un en haut l'autre en bas, et ce sont là les parties et les espèces du lieu : le haut, le bas et le reste des six directions.
Aristote, Physique (tr. A. Stevens)

En ce qui concerne le sommeil et la veille, il faut rechercher ce qu'ils sont précisément et s'ils sont propres à l'âme ou au corps ou communs aux deux, et, dans ce dernier cas, à quelle partie de l'âme ou du corps ils appartiennent, et pourquoi les animaux ont ces fonctions, et si tous les animaux les ont toutes deux en partage, si les uns possèdent l'une, les autres l'autre seulement, si les uns ne jouissent d'aucune d'elles, tandis que les autres les auraient toutes les deux. Il faut rechercher en outre quelle est la nature du rêve, et pourquoi les dormeurs tantôt rêvent, tantôt ne rêvent pas ; s'il arrive toujours qu'on rêve quand on dort, mais sans se souvenir ; et, s'il en est ainsi, pourquoi ; s'il est possible de prévoir l'avenir dans les rêves, si c'est impossible et de quelle manière, dans l'affirmative ; et si l'on peut prévoir seulement l'avenir qui dépend des hommes, ou celui qui a pour cause la divinité et les phénomènes naturels ou fortuits.
Aristote, « Du sommeil et de la veille », Petits traités d'histoire naturelle (tr. René Mugnier)