Pour les Bambara, les choses existent par les signes. Ces signes sont venus se plaquer sur les choses et les ont appelées à leur conscience et à la conscience de l’homme.Du noyau de la création sont sorties quatre catégories de signes : deux cent soixante-six en tout, qui représentent les signes complets du monde ; ils donnent la couleur, la forme, la matière aux choses. Par la suite ces 266 signes sont devenus les têtes de liste d’une infinité d’autres signes qui englobent toute la création.*Les huit premiers jours qui suivent la naissance, la mère ne doit pas sortir ; elle doit se consacrer entièrement au nouveau-né. Quotidiennement elle lui masse le crâne pour lui donner une forme arrondie et lui pince le nez. L’allaitement a lieu pendant les deux premières années, puis l’enfant sevré passe directement à la calebasse commune. Jusqu’à ce qu’il sache marcher sa mère le porte à califourchon sur son dos en le retenant à l’aide d’un pagne noué sur sa poitrine. C’est ainsi que l’enfant suit sa mère dans tous ses déplacements, au travail comme à la danse. C’est pendant ces contacts intimes que la mère apprend à parler à son enfant. Plus tard, la petite fille demeure auprès de sa mère qui lui enseignera tous les travaux domestiques, tandis que les garçons seront éduqués aux travaux extérieurs. Pendant l’enfance on leur enseigne tous les usages et les règles de maintien : une femme sait qu’elle ne doit jamais serrer la main à un homme pour le saluer et s’il lui tend la sienne elle rejettera son bras ne l’air « en signe de désintéressement ». Un homme saluera son supérieur en tendant la main, la paume tournée vers le haut et le supérieur mettra la sienne dessus ; inversement, lorsqu’il salue un inférieur il tend la main la paume tournée vers le bas tandis que pour un égal sa main sera perpendiculaire au sol. S’il doit demander pardon il mettra ses mains derrière le dos pour simuler la queue d’un animal (car il a agi comme une bête). Croiser les mains devant ou sur la tête est un signe de tristesse. Pour marquer sa soumission à un roi on met le coude droit à terre ; pour prier Dieu on tend les deux mains, les paumes tournées vers le dehors. Une femme apprend qu’il est effronté d’interpeller son mari pendant la journée et en parlant de lui, elle dira koke, c’est-à-dire grand frère, car elle ne peut pas prononcer son nom ni rappeler en rien les liens qui existent entre eux. Ce n’est que pendant les deux nuits consécutives où elle s’unit à lui qu’elle peut lui parler librement. Lorsqu’arrive le jour de l’union, la femme prépare elle-même la nourriture de son mari ; puis elle s’étend sur le côté gauche (celui de la féminité), son mari sur le côté droit et elle ne peut être fécondée que par une union répétée deux fois.
Viviana Paques, Les Bambara