Des jours assez silencieux suivirent la terrible chute provoquée par le Cardiazol. Vers huit heures du matin, j’entendais de loin la sirène d’une usine et je savais qu’elle était le signal de Moralès et Van Ghent pour appeler au travail les zombies et aussi pour me réveiller, moi qui étais chargée de libérer le jour. Piadosa entrait alors avec un plateau sur lequel se trouvaient un verre de lait, quelques biscuits et des fruits. J’absorbais cette nourriture suivant un rituel spécial :1°) Assise droite sur mon lit, je buvais le lait d’une seule gorgée.2°) A demi couchée, je mangeais les biscuits.3°) Couchée, j’absorbais tous les fruits.4°) Je faisais une courte apparition à la salle de bains où je constatais que mes aliments passaient sans être digérés.5°) Revenue à mon lit. je m’asseyais de nouveau très droite et j’étudiais les restes de mes fruits : écorces et pépins Je les arrangeais de façon à obtenir des dessins qui représentaient des solutions de problèmes cosmiques. Je croyais que Don Luis et son père, voyant les problèmes résolus dans mon assiette, me permettraient d’aller « En Bas », au paradis.
Leonora Carrington, En bas