Je crois connaître actuellement une bonne partie du monde qui m’entoure ; je n’ai du moins ménagé ni ma peine, ni mes soins pour y parvenir. Ce n’est qu’au témoignage concordant de mes sens, à l’expérience constante que j’ai ajouté foi ; j’ai palpé ce que j’avais vu, analysé ce que j’avais palpé ; j’ai répété, et même plusieurs fois, mes observations ; j’ai comparé entre eux les divers phénomènes ; ce n’est que lorsque j’en ai compris la liaison exacte, quand j’ai pu les expliquer l’un par l’autre et les dériver l’un de l’autre et prévoir le résultat, et quand la constatation du résultat a répondu à ma déduction, que je me suis rassuré. C’est pourquoi je suis, à cette heure, aussi sûr de l’exactitude de cette partie de mes connaissances que de ma propre existence ; je circule d’un pas ferme dans la sphère, que je connais, de mon monde et je risque à tout instant mon existence et mon bien-être sur l’infaillibilité de mes convictions.
Johann Gottlieb Fichte, La destination de l’homme (tr. M. Molitor)