Lorsque tu veux savoir quelque chose et que tu ne peux y parvenir par la méditation, alors je te conseille, mon cher et savant ami, d'en parler avec la première personne qui se présente à toi. Elle n'a pas même besoin d'être un esprit très éclairé, je ne veux pas dire pour autant qu'il faille la questionner à ce sujet : non ! Au contraire, c'est toi qui dois tout d'abord lui en parler. Je te vois bien ouvrir de grands yeux, et me répondre qu'on t'avait recommandé, dans tes jeunes années, de parler uniquement de choses que tu comprenais déjà. Mais à cette époque tu parlais probablement avec l'ambition d'apprendre quelque chose aux autres, or je veux que tu parles dans le dessein raisonnable d'apprendre toi-même quelque chose.
Heinrich von Kleist, « Sur l'élaboration progressive des idées par la parole » (tr. Brice Germain)