Par la fenêtre pénètrent la rumeur de la mer mêlée aux rires des derniers noctambules, un bruit qui est peut-être celui que font les serveurs en rangeant les tables de la terrasse, de temps à autre celui d'une voiture roulant au pas sur le Paseo Maritimo et des bourdonnements sourds et inidentifiables provenant des autres chambres de l'hôtel. Ingeborg dort ; son visage est pareil à celui d'un ange dont rien ne trouble le sommeil ; sur la table de nuit, il y a un verre de lait auquel elle n'a pas touché et qui maintenant doit être tiède et, à côté de son oreiller, à demi recouvert par le drap, un livre de l'enquêteur Florian Linden dont elle n'a lu que deux pages avant de sombrer dans le sommeil. À moi, il m'arrive tout le contraire : la chaleur et la fatigue m'ôtent le sommeil. En général, je dors bien, entre sept heures et huit heures par jour, de onze heures du soir à sept heures du matin, même s'il est rare que je me couche fatigué. Le matin, je me réveille frais comme un gardon, avec une énergie qui ne faiblit pas au bout de huit ou dix heures d'activité. Autant qu'il m'en souvienne, il en a toujours été ainsi et c'est dans ma nature. Personne ne me l'a inculqué, tout simplement c'est ainsi que je suis et, en disant cela, je ne veux pas dire que je sois meilleur ou pire que d'autres ; qu'Ingeborg, par exemple, qui ne se lève pas avant midi le samedi et le dimanche et qui a besoin, pendant la semaine, d'une deuxième tasse de café – et d'une cigarette – pour parvenir complètement à se réveiller et à mettre le cap sur le travail. Cette nuit, cependant, la fatigue et la chaleur m'ôtent le sommeil. La volonté d'écrire, aussi, de consigner les évènements de la journée, m'empêche de m'étendre sur le lit et d'éteindre la lumière.
Roberto Bolaño, Le Troisième Reich (tr. Robert Amutio)