Pour les Tatuyo, le cosmos dans toutes ses manifestations subit un processus constant de dégradation. Toutes les choses, avec le temps, s'usent, se fatiguent, perdent de leur énergie. En particulier la pensée du payé perd de sa clarté et de sa force, il ne voit plus bien, peu à peu il perd de son pouvoir. Périodiquement ont lieu de grandes fêtes qui durent plusieurs jours, pour changer – wahôa –, renouveler le monde. Tous les hommes absorbent une drogue hallucinogène, le « yahe » – capi – et se retrouvent transportés aux temps et au lieu d'origine là-bas où, au tout début, le Soleil et les gens (alors yurupari – poxe –) n'étaient pas encore séparés : par la danse, le chant et le verbe – incantations – ils refont le grand voyage primordial de l'anaconda ; c'est une nouvelle genèse du monde. Au terme de la fête, le monde est de nouveau fort et neuf comme aux premiers jours de la création. Le payé qui a vécu cette genèse d'une manière intense a de nouveau une pensée forte, il voit bien, il sait bien.
Patrice Bidou, « Représentations de l'espace dans la mythologie tatuyo (indiens tucano) »,
Journal de la société des américanistes (LXI)
Journal de la société des américanistes (LXI)